‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 3)Chapitre 84 sur 129 · SCÈNE V MAXIM1LIEN, VALENTINE · texte numérisé non relu

SCÈNE V MAXIM1LIEN, VALENTINE

■AXmtLIKlf.

Me voici.

Venes, tfaximilien, i

UMILltH.

Pi' s de vous?... là?...

Oui.

daai le jnr.îin.

Mais c'eal donc un jour i!c joie, un jour d'ivrease, le jour henreux parmi tous les aui

C'est le jour du malheur et du désespoir, Maximilien ; c'est un jour si douloureux, si fatal, que la jeune fille peut ellemême vous appeler à ses côtés et vous dire : Venez ! Regardezmoi ! serrez cette main que vous n'avez jamais touchée; dans quelques heures vous ne me verrez plus, dans quelques heures cette main ne sera plus à vous.

Valentine...

M. d'Épinay arrive demain, il m'épouse dans dix jours.

Oh! oh!...

Le coup est mortel, n'est-ce pas? Vous voilà, comme moi, anéanti.

Valentine, écoutez-moi, répondez-moi comme à quelqu'un qui attend de vous la mort ou la vie ; que comptez-vous faive ?

Moi ?

Il y a des gens qui courbent le front sous leur malheur, d'autres qui luttent.

Lutter contre la volonté de mon père, contre une parole qu'il a donnée, contre la vœu de ma grand'mère mourante? Ah ! Maximilien !

Je ne suis pas un gentilhomme, moi; mais je suis un bon soldat, fils de braves gens, j'ai de l'avenir dans l'armée, j'ai une belle fortune; pourquoi ne vous demanderais-je pas à votre père?

Parce que vous êtes d'une famille dont mon père abhorre les opinions politiques, parce qu'il veut M. d'Épinay pour gendre, et que ce qu'il veut, il le fait. Ah! Maximilien, si ce moyen tle nous réunir eût été possible, c'est moi qui vous l'eusse indiqué. Tout nous sépare, ne luttons pas ! Dieu m'en préserve ! ce serait un sacrilège! Affliger mon père, troubler les derniers moments de mon aïeule? Jamais! jamais!

HÀX1M1LIBH.

Ainsi, vous vous sacrifiez; ainsi, vous me sacrifiez moimême plutôt que de tenter un effort !... ce serait un sacrilège que de nous sauver l'un et l'autre... Vous avez peut-être raison, mademoiselle...

Mademoiselle !... c'est ainsi que vous me parlez?

MAXIMISER.

Ainsi, entourée d'égoïstes, entourée d'ennemis, seule, ne cherchez pas même un appui, un conseil chez celui que vous appeliez voire ami tout à l'heure?

Un conseil! un appui! mais lequel?

MAXIMIL1EN.

Oh ! je vois bien que je parlerais en vain ; mieux vaut que je me taise !

Vous me torturez à plaisir! le temps passe, on va venir, il va falloir nous séparer, et vous ne me dites rien !

Voyons, mon amie! mon seul amour! la vie est longue pour le désespoir, elle peut être longue aussi pour le bonheur ; ce que je vais vous dire, Valentine, Dieu l'entend; il sait mon respect, il sait ma religion pour vous, Valentine; ce conseil que vous me demandez, le voici : vous j i * * devez pas épouser M. Frantz d'Épinay, vous devez fuir le malheur qu'on vous prépare; vous avez chez votre père, Valentine, uni nemie mort ille, oh ! j'en suis sûr! Suivez-moi chez ma sieur, qui vous aimera comme une sœur, et, sur la mémoire de mou père, Valentine, je vous le jure, avant que mes lèvres aient touché votre front, vous serez ma femme...

Non.

Page 1