‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 10 sur 151 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Le BOURGMESTRE et CÉLESTUS, rentrant par la porte de gauche, chacun avec une bougie.

Célestus entre le premier et pose sa bougie sur le guéridon de droite, près duquel il s'assied.

LE BOURGMESTRE, posant sa bougie à gauche. Pardon, monsieur Célestus, cent fois pardon ! croyez que, si j'eusse pu deviner le motif qui vous faisait désirer que je n'entrasse point chez votre sœur, je n'eusse point insisté comme je l'ai fait.

CÉLESTUS.

Quel motif, monsieur?... Je ne vous comprends pas.

LE BOURGMESTRE

Parbleu! cet enfant... cet enfant qu'elle était en train d'emmaillotter!... Je n'ai jamais entendu dire, monsieur Célestus, que vous prissiez des enfants en sevrage, vous qui ne pouvez pas les souffrir!

ce'lestus.

Je ne sais pas quelle mauvaise pensée se cache au fond de ce que vous dites, monsieur le bourgmestre, mais je vous ai raconté l'histoire de cet enfant.

LE BOURGMESTRE

Et c'est une histoire étrange, vous en conviendrez : un enfant qui tombe comme cela du ciel ou qui sort de terre, entre vous et M. Wolf, juste a;; moment où vous étiez dans l'obscurité; de sorte que vous l'avez trouvé, cet enfant... ? célestus.

Là!... sur cette table !

LE BOURGMESTRE

Hum ! sans autre renseignement?

CÉLESTUS.

Sans autre renseignement que cette lettre.

LE BOURGMESTRE, lisant.

« Mon clier CélestUS... » (Après avoir parcouru la lettre.) Trois étoiles... C'est clair!

CÉLESTUS.

Comment, c'est clair?

LE BOURGMESTRE

Sans doute !

CELESTUS.

Comment! vous pourriez me guider sur la trace des parents ?

LE BOURGMESTRE

Rien de plus facile.

CÉLESTUS.

Vous dites que vous connaissez... ?

LE BOURGMESTRE

Que je connais... oui !

CÉLESTUS.

Le père ?

LE BOURGMESTRE

le père !

CÉLESTUS.

Bah !... Et moi, est-ce que je le connais ?

Sans doute, puisqu'il vous écrit : « Mon cher Célestus ! »

CÉLESTUS.

Ce n'est pas une raison ; peut-être espère-t-il, en affectant cette familiarité, se dérober à mes investigations.

LE BOURGMESTRE

Aux vôtres, c'est possible, nuis non pas aux miennes.

CÉLESTUS.

Vraiment?

LE BOURGMESTRE

La justice a de bons yeux, monsieur Cèle

CÉLESTUS.

Alors, éclairez-moi, cher monsieur, éclairez-moi.

LE BOURGMESTRE

Et vous n'aurez pas à chercher bien loin.

CÉLESTUS.

Que voulez-vous dire?

LB BOURGMESTRE

Je veux dire que votis n'aurez qu'à étendre la main...

CÉLESTUS.

Pour le trouver?

Pour le trouver.

CÉLESTUS.

Alors, vous croyez donc qu'il demeure dans la ville?

LE BOURGMESTRE

Plus près que cela, monsieur.

CÉLESTUS.

Dans la rue?

LE BOURGMESTRE

Plus près encore.

CÉLESTUS.

Dans la maison, voulez-vous dire?

LE BOURGMESTRE

Dans la maison, oui.

CÉLESTUS.

Comment, monsieur le bourgmestre, vous soupçonnez...?

LE BOURGMESTRE

Quelqu'un que vous soupçonnez déjà vous-même.

CÉLESTUS.

Wolf!...

LE BOURGMESTRE

C'est vous qui l'avez nommé!

Allons donc, monsieur le bourgmestre!... Wolf ! et quels indices?

LE BOURGMESTRE

Quels indices! D'abord, monsieur, l'enfant est tout son portrait.

CÉLESTUS.

Oh ! par exemple !

LE BOURGMESTRE

Mais ce n'est pas tout.

CÉLESTUS.

Voyons !

LE BOURGMESTRE

Cette lettre...

CÉLESTUS.

Eh bien?

LE BOURGMESTRE, rclisaul.

a Mon cher Cèles tus... »

CÉLESTUS.

Après?

LE nouncMESTr.".

a Je te confie... je te confie... » Vous entendez ?je... le...

Bien ! je te confie... j'en conviens.

LE BOURGMESTRE

« ... Cet innocent... Sois sa providence... Apprcnds-lni à plaindre son père proscrit... » Proscrit! Y a-t-il ou n'y at-il pas proscrit?

CÉLESTUS.

Il y a proscrit, je le veux bien.

LE BOURGMESTRE, continuant.

« Gémissant dans l'exil... » Cela est-il écrit?

CÉLESTUS.

Oui.

LE BOURCMESTRE.

Eh bien, M. Wolf est-il proscrit?

CÉLESTUS.

Certainement, il l'est.

LE BOURCMESTRE.

Gémit-il dans l'exil ?

CÉLESTUS.

Il est exile; unis il ne gémit pas, du moins je ne l'ai jamais entendu gémir, moi.

LE BOURCMESTRE.

Figure de rhétorique, mon cher monsieur.

CÉLESTUS.

Monsieur le bourgmestre, il y a trois ans que je connais Wolf, et Wolf est incapable...

Monsieur le savant, vous avez consacré votre vie à la recherche de la vérité, n'est-ce pas?

i I LB8TDS.

Certainement! ma vie est celle du philosophe de Genève :

Vilam vmptndere vero.

LE BOl IICMESTRE.

Comment y arrive-t-on, à la vérité?

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