‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 11 sur 151 · CÉLESTES · texte numérisé non relu

CÉLESTES

Comment on y arrive ?

LE BOURGMESTRE

Oui, comment y arrivc-t-on ?

CÉLESTUS.

Dame !

WOLF

De déduction en déduction, mon ami.

LE BOURGMESTRE, à demi-voil.

Justement, le voilà!... Attendez, je vais tout lui faire avouera lui-même!... Monsieur Wolf!

(Il lui fait signe d'approcher.) WOLF.

Monsieur le bourgmestre?

Qui était ici quand le mystérieux enfant est apparu ?

WOLF

II n'y avait que Célestus et moi.

LE BOURGMESTRE

Que Célestus et vous... (a Célestus.) Ce n'est pas vous qui avez apporté l'enfant, n'est-ce pas?

CÉLESTUS.

Moi?... Oh la la!

WOLF

Mais, vous comprenez, monsieur le bourgmestre... nous n'avons pas pu voir qui l'apportait, parce que la chambre était dans l'obscurité.

LE BOURGMESTRE

Et pourquoi dans l'obscurité?

CÉLESTUS.

Parbleu ! parce que les bougies étaient éteintes !

LE BOURGMESTRE

Et qui les avait éteintes ?

WOLF

C'était moi, monsieur le bourgmestre.

LE BOUBGMESTBE, à Céleitus.

Vous entendez ! vous entendez !

Comment!...

LE BOURGMESTRE

Je continue. N'avez-vous pas dit, monsieur Célestus, que d'abord vous ne vouliez pas garder cet enfant?

CÉLESTUS.

C'est vrai; mais Wolf a insisté*».

WOLF

Oh ! mon ami, je n'ai pas eu besoin d'insister longtemps, et ton bon cœur....

CÉLESTUS.

Ne disons pas cela... C'est qu'au contraire tu as insisté trèsfort.

LE BOURGMESTRE

Très-fort ! très-fort !

WOLF

C'est-à-dire, mon ami, que tu te fais plus méchant que tu n'es.

CÉLESTUS.

Je vous dis, monsieur Wolf, que vous avez insisté trés- »(....... jn-qu'à dire que, si je ne me chargeais pas de l'enfant...

vous veii i ■■•/ vos livres et vous vous en chargeriez, vous .'

LE BOURGMESTRE

Vendre ses livres pour un enfant qui lui est étranger... hein! c'est un beau trait!

Mais... en elfel...

LE BOURGMESTRE

Attendez... attendez donc! Et, dans te moment, monsieur AV If, vous qui étiez si presse de sortir, que vois ne m'avez pas même demandé pourquoi je vous arrêtais... d'où venezvous?

wmr.

Monsieur, je viens de chercher la nourrice de Romulus.

LE BOURGMESTRE

Comment!... vous-même!... un homme grave, un savant. un philosophe!... vous avez, à onze heures du soir, couru par les rues de .Marbourg pour chercher une nourrice?...

KO M: LUS b"5

WOLF

A onze heures du soir, par Jes rues de Marbonrg !... Mais, monsieur, à onze heures du matin, pour cet enfant qui pleurait, j'eusse été chercher une nourrice au hout du monde.

LE BOURGMESTRE, à Céleslus.

Au bout du monde! ma foi, si ce n'est pas là la voix da sang qui parle, je ne m'y connais plus.

CÉLESTUS.

C'est bien, monsieur le bourgmestre... merci ! Mais, maintenant, en supposant... resterait la mère?

LE BOURGMESTRE

Ah! oui, la mère!

Monsieur, auriez -vous quelques renseignements sur la mère?... Oh! si vous en aviez, vous nous tireriez d'un grand embarras.

LE BOURGMESTRE, à Wolf.

La mère, monsieur? La mère n'est pas plus difficile à trouver que le père, entendez-vous?

WOLF

Ah ! le père est trouvé ?

CÉLESTUS.

Nous sommes sur la trace, du moins.

WOLF

Ah! tant mieux!... Alors, dites-nous...

LE BOURGMESTRE, à part.

Devant le frère!... quelle audace!... (Haut.) Éclairez-moi, monsieur.

WOLF

Volontiers... J'ai failli me casser le cou dans l'escalier...

CÉLESTUS.

Vous partez... sans me dire le nom ?...

LE BOURGMESTRE

Plus tard, monsieur... Je doute encore... Je ne veux pas...

CÉLESTUS.

Comme vous voudrez, mais, quant à Wolf...

Venez, venez, monsieur, et, puisque vous feignez de l'ignorer... (ils ont gagné le seuil de la porte. Le Bourgmestre regarde si Célestusa les yeux sur lui, et, voyant Célestus pensif.) Eh bien, la mère...

(le saisissant au collet), c'est... (tout bas) mademoiselle Marthe!...

WOLF

Oh!

CÉLESTUS.

Hein?

WOLF

Kien !

CÉLESTUS, se retournant.

Le visage bouleversé?... Bahenhauscn a deviné juste !

SGÉNE XII CÉLESTUS, WOLF.

WOLF, à lui-même.

Marthe! Marthe! la mère!...

CÉLESTUS.

Voyons jusqu'où il poussera la dissimulation! Eh bien, monsieur Wolf ?

WOLF

Eh bien, mon ami?... (a part.) Ne lui disons pas un mot de ce que cet imbécile... (Haut.) Eh bien, mon ami, c'est fait.

CÉLESTUS, à lui-mèmo.

Serait-il possible que, sous cet air de bonhomie, la nature eût caché une àmc si perverse?

WOLF

Edith Rembach était chez elle; je l'ai amenée presque de force; elle ne voulait pas venir. « Un enfant chez M. Cèlestus, disait-elle, ce n'est pas vrai! M. CélestUS De peut pas souiïrir les enfants. » Enfin, elle s'est décidée, elle est chez ta sœur, et Romulus ne manquera tic rien... Lai mainte* liant, remettons-nous au travail... Tu sais que le vent est toujours du nord ?

CÉLESTUS.

Oui, du nord.

WOLF

Et que, par conséquent, tu peux voir Orian... Mais qu'as-

tu donc?

Monsieur Wolf !...

Mon ami?...

Regardez-moi.

Je te regarde.

En face.

En face, soit.

Et que voyez- vous?

ROMULUS CÉLESTUS,

WOLF

CÉLESTUS.

WOLF

CÉLESTUS.

WOLF

Je vois un excellent homme qui vient d'accomplir une bonne action dont le ciel lui tiendra compte.

CÉLESTUS.

Vous vous trompez, monsieur : yous voyez un niais.

WOLF

CÉLESTUS.

WOLF

CÉLESTUS.

WOLF

Un niais?...

Un imbécile!...

Un imbécile?

Une dupe !...

Toi, mon ami?

CÉLESTUS.

Un homme de la confiance duquel on abuse!

WOLF

Et quel est le misérable...?

Le misérable ?

WOLF

Oui.

CÉLESTUS.

Le misérable, c'est le père de l'enfant !

WOLF

Le père de Romulus!... Mais tu le connais donc? Xix. 3

CLLKSTUS.

Je le connais... Et vous, monsieur Wolf... le connaissez vous?

WOLF

Non, je ne le connais pas.

CÉLESTUS.

Vous ne le connaissez pas?

WOLF

Non !

CÉLESTUS, le prenant an collet et le secouant. Tu ne le connais pas?... Eh bien, le père de l'enfant... c'est toi !

WOLF

Moi?

Toi, malheureux!

CÉLESTUS.

WOLF

Ah ! écoute, mon cher Célcsius, je crois avoir été doué par la nature de toute la patience dont un homme e>t capable... Je ne pense même pas qu'il me soit arrivé de me mettre en colère une seule fois dans ma vie... Mais, fussé-je un saint... dussé-je être damné sur un seul mot... je m'emporte, à la fin... Célestus... tu m'ennuies... la !

CÉLESTUS.

Je n'y comprends plus rien. Voyons! sois franc: cet enfant... ce n'est donc pas toi, Wolf?

WOLF

Moi, un enfant?... Mon ami, tu n'y penses pas!

CÉLESTUS.

Que veux-tu! tu es si distrait.

WOLF

Cette idée n'est point de toi, Célestus. Il n'entre pas dans ton esprit, ou plutôt dans ton cœur, de soupçonner un ami d'une pareille chose.

CÉLESTUS.

Eh ! morbleu ! non, l'idée n'est pas de moi.

WOLF

Mais de qui est-elle, alors ?

CÉLESTUS.

De cet abominable bourgmestre!... de cet affreux Babenhausen !

WOLF

Le malheureux !... Je m'en doutais.

CÉLESTUS.

Comment, tu t'en doutais ?

WOLF

Il t'a dit que j'étais le père, n'est-ce pas? Eh bien, sais-tu ce qu'il me disait, à moi, sur l'escalier... là... tout bas?

CÉLESTUS.

Babenhausen?

WOLF

Sais-tu qui il accusait d'être la mère ?

CÉLESTUS.

Non.

WOLF

Ta sœur, mon ami .' ta sœur :

CÉLESTUS.

Marthe?...

WOLF

Mademoiselle Marthe!...

CÉLESTUS.

Ah! le misérable!... Marthe!... (Appelant.) Monsieur le bourgmestre !

Que vas-tu faire ?

CÉLESTUS.

Eh bien, avais-je raison de haïr les enfants? [1 n'y a pas une heure que ce petit Romulus est dans la maison, et il a déjà mis tout sens dessus dessous. Monsieur le bourgmestre !

WOLF

Mais enfin, dis-moi...

CÉLESTUS.

11 est encore temps de rétablir l'ordre ici... Cet enfant ne t'est rien?

WOLF

Absolument rien.

CÉLESTUS.

Tu en es sûr ?

WOLF

Très-sûr.

CÉLESTUS,

Réfléchis bien.

WOI.F.

Je l'ai vu tout à l'heure pour la première fois.

Cela me suffit. (Entre Marthe.) Monsieur le bourgmestre !

MAKTHE.

Quel est ce bruit?

CÉLESTUS, à la cantonade.

Frantz, prie M. le bourgmestre de descendre.

MARTHE

Hein ? Qu'est-ce que c'est ?

CÉLESTUS, à Wolf.

Pour prix de ses calomnies, je vais lui rendre l'enfant, et lui déclarer que je le laisse à la charge de la commune.

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