CÉLESTES
Comment on y arrive ?
LE BOURGMESTRE
Oui, comment y arrivc-t-on ?
CÉLESTUS.
Dame !
WOLF
De déduction en déduction, mon ami.
LE BOURGMESTRE, à demi-voil.
Justement, le voilà!... Attendez, je vais tout lui faire avouera lui-même!... Monsieur Wolf!
(Il lui fait signe d'approcher.) WOLF.
Monsieur le bourgmestre?
Qui était ici quand le mystérieux enfant est apparu ?
WOLF
II n'y avait que Célestus et moi.
LE BOURGMESTRE
Que Célestus et vous... (a Célestus.) Ce n'est pas vous qui avez apporté l'enfant, n'est-ce pas?
CÉLESTUS.
Moi?... Oh la la!
WOLF
Mais, vous comprenez, monsieur le bourgmestre... nous n'avons pas pu voir qui l'apportait, parce que la chambre était dans l'obscurité.
LE BOURGMESTRE
Et pourquoi dans l'obscurité?
CÉLESTUS.
Parbleu ! parce que les bougies étaient éteintes !
LE BOURGMESTRE
Et qui les avait éteintes ?
WOLF
C'était moi, monsieur le bourgmestre.
LE BOUBGMESTBE, à Céleitus.
Vous entendez ! vous entendez !
Comment!...
LE BOURGMESTRE
Je continue. N'avez-vous pas dit, monsieur Célestus, que d'abord vous ne vouliez pas garder cet enfant?
CÉLESTUS.
C'est vrai; mais Wolf a insisté*».
WOLF
Oh ! mon ami, je n'ai pas eu besoin d'insister longtemps, et ton bon cœur....
CÉLESTUS.
Ne disons pas cela... C'est qu'au contraire tu as insisté trèsfort.
LE BOURGMESTRE
Très-fort ! très-fort !
WOLF
C'est-à-dire, mon ami, que tu te fais plus méchant que tu n'es.
CÉLESTUS.
Je vous dis, monsieur Wolf, que vous avez insisté trés- »(....... jn-qu'à dire que, si je ne me chargeais pas de l'enfant...
vous veii i ■■•/ vos livres et vous vous en chargeriez, vous .'
LE BOURGMESTRE
Vendre ses livres pour un enfant qui lui est étranger... hein! c'est un beau trait!
Mais... en elfel...
LE BOURGMESTRE
Attendez... attendez donc! Et, dans te moment, monsieur AV If, vous qui étiez si presse de sortir, que vois ne m'avez pas même demandé pourquoi je vous arrêtais... d'où venezvous?
wmr.
Monsieur, je viens de chercher la nourrice de Romulus.
LE BOURGMESTRE
Comment!... vous-même!... un homme grave, un savant. un philosophe!... vous avez, à onze heures du soir, couru par les rues de .Marbourg pour chercher une nourrice?...
KO M: LUS b"5
WOLF
A onze heures du soir, par Jes rues de Marbonrg !... Mais, monsieur, à onze heures du matin, pour cet enfant qui pleurait, j'eusse été chercher une nourrice au hout du monde.
LE BOURGMESTRE, à Céleslus.
Au bout du monde! ma foi, si ce n'est pas là la voix da sang qui parle, je ne m'y connais plus.
CÉLESTUS.
C'est bien, monsieur le bourgmestre... merci ! Mais, maintenant, en supposant... resterait la mère?
LE BOURGMESTRE
Ah! oui, la mère!
Monsieur, auriez -vous quelques renseignements sur la mère?... Oh! si vous en aviez, vous nous tireriez d'un grand embarras.
LE BOURGMESTRE, à Wolf.
La mère, monsieur? La mère n'est pas plus difficile à trouver que le père, entendez-vous?
WOLF
Ah ! le père est trouvé ?
CÉLESTUS.
Nous sommes sur la trace, du moins.
WOLF
Ah! tant mieux!... Alors, dites-nous...
LE BOURGMESTRE, à part.
Devant le frère!... quelle audace!... (Haut.) Éclairez-moi, monsieur.
WOLF
Volontiers... J'ai failli me casser le cou dans l'escalier...
CÉLESTUS.
Vous partez... sans me dire le nom ?...
LE BOURGMESTRE
Plus tard, monsieur... Je doute encore... Je ne veux pas...
CÉLESTUS.
Comme vous voudrez, mais, quant à Wolf...
Venez, venez, monsieur, et, puisque vous feignez de l'ignorer... (ils ont gagné le seuil de la porte. Le Bourgmestre regarde si Célestusa les yeux sur lui, et, voyant Célestus pensif.) Eh bien, la mère...
(le saisissant au collet), c'est... (tout bas) mademoiselle Marthe!...
WOLF
Oh!
CÉLESTUS.
Hein?
WOLF
Kien !
CÉLESTUS, se retournant.
Le visage bouleversé?... Bahenhauscn a deviné juste !
SGÉNE XII CÉLESTUS, WOLF.
WOLF, à lui-même.
Marthe! Marthe! la mère!...
CÉLESTUS.
Voyons jusqu'où il poussera la dissimulation! Eh bien, monsieur Wolf ?
WOLF
Eh bien, mon ami?... (a part.) Ne lui disons pas un mot de ce que cet imbécile... (Haut.) Eh bien, mon ami, c'est fait.
CÉLESTUS, à lui-mèmo.
Serait-il possible que, sous cet air de bonhomie, la nature eût caché une àmc si perverse?
WOLF
Edith Rembach était chez elle; je l'ai amenée presque de force; elle ne voulait pas venir. « Un enfant chez M. Cèlestus, disait-elle, ce n'est pas vrai! M. CélestUS De peut pas souiïrir les enfants. » Enfin, elle s'est décidée, elle est chez ta sœur, et Romulus ne manquera tic rien... Lai mainte* liant, remettons-nous au travail... Tu sais que le vent est toujours du nord ?
CÉLESTUS.
Oui, du nord.
WOLF
Et que, par conséquent, tu peux voir Orian... Mais qu'as-
tu donc?
Monsieur Wolf !...
Mon ami?...
Regardez-moi.
Je te regarde.
En face.
En face, soit.
Et que voyez- vous?
ROMULUS CÉLESTUS,
WOLF
CÉLESTUS.
WOLF
CÉLESTUS.
WOLF
Je vois un excellent homme qui vient d'accomplir une bonne action dont le ciel lui tiendra compte.
CÉLESTUS.
Vous vous trompez, monsieur : yous voyez un niais.
WOLF
CÉLESTUS.
WOLF
CÉLESTUS.
WOLF
Un niais?...
Un imbécile!...
Un imbécile?
Une dupe !...
Toi, mon ami?
CÉLESTUS.
Un homme de la confiance duquel on abuse!
WOLF
Et quel est le misérable...?
Le misérable ?
WOLF
Oui.
CÉLESTUS.
Le misérable, c'est le père de l'enfant !
WOLF
Le père de Romulus!... Mais tu le connais donc? Xix. 3
CLLKSTUS.
Je le connais... Et vous, monsieur Wolf... le connaissez vous?
WOLF
Non, je ne le connais pas.
CÉLESTUS.
Vous ne le connaissez pas?
WOLF
Non !
CÉLESTUS, le prenant an collet et le secouant. Tu ne le connais pas?... Eh bien, le père de l'enfant... c'est toi !
WOLF
Moi?
Toi, malheureux!
CÉLESTUS.
WOLF
Ah ! écoute, mon cher Célcsius, je crois avoir été doué par la nature de toute la patience dont un homme e>t capable... Je ne pense même pas qu'il me soit arrivé de me mettre en colère une seule fois dans ma vie... Mais, fussé-je un saint... dussé-je être damné sur un seul mot... je m'emporte, à la fin... Célestus... tu m'ennuies... la !
CÉLESTUS.
Je n'y comprends plus rien. Voyons! sois franc: cet enfant... ce n'est donc pas toi, Wolf?
WOLF
Moi, un enfant?... Mon ami, tu n'y penses pas!
CÉLESTUS.
Que veux-tu! tu es si distrait.
WOLF
Cette idée n'est point de toi, Célestus. Il n'entre pas dans ton esprit, ou plutôt dans ton cœur, de soupçonner un ami d'une pareille chose.
CÉLESTUS.
Eh ! morbleu ! non, l'idée n'est pas de moi.
WOLF
Mais de qui est-elle, alors ?
CÉLESTUS.
De cet abominable bourgmestre!... de cet affreux Babenhausen !
WOLF
Le malheureux !... Je m'en doutais.
CÉLESTUS.
Comment, tu t'en doutais ?
WOLF
Il t'a dit que j'étais le père, n'est-ce pas? Eh bien, sais-tu ce qu'il me disait, à moi, sur l'escalier... là... tout bas?
CÉLESTUS.
Babenhausen?
WOLF
Sais-tu qui il accusait d'être la mère ?
CÉLESTUS.
Non.
WOLF
Ta sœur, mon ami .' ta sœur :
CÉLESTUS.
Marthe?...
WOLF
Mademoiselle Marthe!...
CÉLESTUS.
Ah! le misérable!... Marthe!... (Appelant.) Monsieur le bourgmestre !
Que vas-tu faire ?
CÉLESTUS.
Eh bien, avais-je raison de haïr les enfants? [1 n'y a pas une heure que ce petit Romulus est dans la maison, et il a déjà mis tout sens dessus dessous. Monsieur le bourgmestre !
WOLF
Mais enfin, dis-moi...
CÉLESTUS.
11 est encore temps de rétablir l'ordre ici... Cet enfant ne t'est rien?
WOLF
Absolument rien.
CÉLESTUS.
Tu en es sûr ?
WOLF
Très-sûr.
CÉLESTUS,
Réfléchis bien.
WOI.F.
Je l'ai vu tout à l'heure pour la première fois.
Cela me suffit. (Entre Marthe.) Monsieur le bourgmestre !
MAKTHE.
Quel est ce bruit?
CÉLESTUS, à la cantonade.
Frantz, prie M. le bourgmestre de descendre.
MARTHE
Hein ? Qu'est-ce que c'est ?
CÉLESTUS, à Wolf.
Pour prix de ses calomnies, je vais lui rendre l'enfant, et lui déclarer que je le laisse à la charge de la commune.