SCENE XIII LE ROI, AXXlî D'AUTRICHE
ANNE, à part.
Le cardinal dans les bras du roi... le roi aitemlant la nièce du cardinal... Tout est l'mi. décide, accompli, et j'arrive trop tard !... N'impQXte] (Au Roi, qui vi.ut à elle après avoir reconduit la Cardinal.) Sire...
LE l'.UI.
Ma mère?
ANNE
Il paraît que vous venez d'annoncer une grande et joyeuse nouvelle à Son Éminence.
le noi.
Oui, madame, une nouvelle qui comble tous ses vœux, et satisfait tous les miens.
ANNE, avec amertume.
Une nouvelle relative à voire mariage, sans doute?
LE ROI
Votre sagacité habituelle ne vous a pas trompée, ma mère.
ANNE
Alors, tout est fini... vous avez- fait choix d'une femme pour vous et d'une reine pour la France?
le r.oi.
Oui, madame.
Vous avez fait ce choix sans me consulter?
le noi.
Mon choix connu, j'espère que ma mère l'approuvera.
ANNE
Et si, par hasard, il en était autrement?... Ce choix, si je le réprouvais, si je le déclarais impolitique, antiroyal, impossible?...
LE ROI
Ce serait un malheur, madame, mais qui ne changerait rien à ma résolution.
ANNE
Ainsi, cette résolution est irrévocable?
LE ROI
Irrévocable, madame.
ANNE
Alors, c'est la guerre que vous me déclarez? c'est une lutte que vous entreprenez contre votre mère ? le roi.
C'est votre tendresse que je vous prie de me conserver, c'est votre bénédiction que je vous demande.
ANNE
Ma bénédiction ! ma tendresse ! quand vous me frappez à la fois dans mon amour de mère, et dans mon orgueil de reine ? Oh ! non sire, vous n'y comptez pas.
Et à quoi dois-je m'attendre, madame?
ANNE
A trouver en moi l'adversaire la plus acharnée de cette union! Et, dès ce moment, je vous le dis, monsieur, mes précautions sont prises.
LE HOI, les dents serrées par la colère.
Vos précautions? Écoulez bien ceci, madame: il se peut que, quand je serai mort, quand je dormirai à Saint-Denis dans le caveau de mes ancêtres, dans le sépulcre de mes prédécesseurs ; quand je ne serai plus là, le fouet, l'épée ou le sceptre à la main, pour dire : « Je veux !» il se peut qu'on heurte mes désirs, qu'on brise ma volonté, qu'on détruise ce que j'aurai fait; mais, moi vivant, moi ordonnant, moi régnant, tout s'inclinera, tout se courbera, tout pliera sous ma volonté !
ANNE
Même...?
LE mu.
Môme mes ministres ! même ma mère ! même le destin !
ANNE
Oh ! Louis, Louis, qui vous a fait ainsi?
LE ROI
La connaissance de la vérité, madame! de la vérité, que l'on écarte des rois avec tant de soin, que j'ai appelée à moi, et sur laquelle je m'appuie.
ANNB, tendrement.
Louis!
LE ROI
Ma mère, peut-être, au lieu d'une grande douleur, une grande joie vous est réservée!... Entrez dans cette chambre. Tout à l'heure ma cour se rendra ici pour apprendre la nouvelle de mon mariage et le nom de la femme dont j'ai fait choix ; vous viendrez prendre votre place à ma droite ; U. de Mazarin prendra la sienne a ma gauche, et, je vous le dis, à l'annonce de ce mariage, au nom de celle qu'il épouse, vous bénirez voire fils au lieu de le maudire !... Allez, ma mère! J'attends mademoiselle de .Mancini, et vous ne devez pas vous trouver ici avec elle.
ANNB.
Mademoiselle de Manciui?
LE ROI
Oui, ma mère.
ANNE
Faisons jusqu'au bout ce que vous désirez; mais...
LE ROI
Pas de menaces, madame... Votre main...
(Le Roi baise la main de sa mère, qui entre dans la chambre.)