‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 127 sur 151 · SCÈNE VIII MADAME DE GERVAIS, CLOTILDE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII MADAME DE GERVAIS, CLOTILDE

CLOTILDE

Madame, j'ignore ce que vous aviez à me dire, mais je vous jure que ce que j'ai à vous répondre pouvait être entendu de votre fils.

Vous ignorez ce que j'avais à vous dire... Non, vous ne me faites pas cette injure, n'est-ce pas, chère enfant?

CLOTILDE

Madame...

MADAME DE GERVAIS

Ce que j'ai à vous dire, c'est que ma pauvre petite Clotilde, qui devait être votre compagne, votre amie, avait sa bourse à elle, bourse de pensionnaire, contenant peu de chose, quarante ou cinquante louis peut-être, et que je crois faire de cet argent l'emploi que, vivante, elle en aurait fait ellemême en vous disant...

CLOTILDE, avec une extrême douceur.

Pardon, madame...

MADAME DE GERVAIS

Mon enfant, pas de faux orgueil.

clotii.de.

Croyez que j'apprécie toute la délicatesse de votre offre, que la forme surtout dans raqtrefle l'enveloppe votre tendresse maternelle double la reconnaissance que je vous ai vouée ; mais...

MADAME DE GKUVAIS.

Mais quoi ?... Voyou-...

CLOTILDE

Mais, tant qu'il me restera quelque chose, je ne dirai pas

de ma richesse, je n'ai jamais été riche, mais de ma médiocrité passée, je me regarderais comme coupable envers ceux qui sont encore plus pauvres que moi, si j'acceptais... une aumône.

MADAME DE GERVAIS

Une aumône !... Oh ! mon enfant, quel mot employez-vous là! vous oubliez que vous êtes de l'âge de ma fille, que vous vous appelez Clotilde comme elle, qu'il y a une parenté naturelle entre une enfant qui a perdu ses parents et une mère qui a perdu sa fille... Clotilde, ne me faites pas le chagrin de refuser mon olfre. Vous allez dans un pays d'aristocratie, vous désirez entrer dans quelque grande famille pour faire l'éducation d'un enfant; eh bien, vous aliez trébucher au premier obstacle. Cette robe, dont la simplicité est pour vous un titre de noblesse à mes yeux, cette robe ne dépassera pas les antichambres. Vous ne connaissez pas nos voisins d'outremer, leurs préjugés. Dans un pays où les femmes de chambre portent des chapeaux de satin, c'est bien le moins que des institutrices portent des robes de soie.

CLOTILDE

En vérité, madame, vous êtes si parfaitement bonne, que j'aurais un remords de refuser toutes vos offres.,. Ma mise est trop simple, dites-vous?... Eh bien, madame, il y a une chose que j'accepte... La fille que vous avez perdue s'appelait non-seulement Clotilde comme moi, mais encore était de mon âge et de ma taille... £h bien... eh bien, madame, j'accepterais avec reconnaissance une robe qu'elle aurait portée; il me semble qu'en me voyant parée de son vêtement terrestre, l'ange qui est au ciel priera le Seigneur pour moi.

MADAME DE GERVAIS

Oui, vous avez raison; et, moi, je veux vous voir sous ce vêtement qui lui aurait appartenu. Tenez, voici sa chambre, entrez-y ; la plaie de mon cœur est encore trop douloureuse pour que je vous y suive; tout est encore là comme si elle vivait, tout, jusqu'à la robe que son père lui avait envoyée, et avec laquelle elle devait aller au-devant de lui. Entrez là, mon enfant... Prenez, choisissez... Que je vous revoie encore une fois comme une apparition des jours passés... Et puis... et puis vous irez à la garde de Dieu...

Page 1