‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 131 sur 151 · DE GERVAIS, MADAME DE GERVAIS, EDMOND, CLOTILDE · texte numérisé non relu

DE GERVAIS, MADAME DE GERVAIS, EDMOND, CLOTILDE

au piano, achevant nne ritournelle.

DB GERVAIS

Donne-moi ces vers adorables que tu viens de me chanter, et dis-moi de qui ils sont.

CLOTILDE

Demandez à Edmond, mon père,

EDMOND

Ils sont d'elle, mon père ; la musique est d'elle ; tout est d'elle.

CLOTILDE

Et maintenant, tournez-vous, monsieur,

DE GERVAIS, gaiement.

Monsieur se tourne !...

CLOTILDE

Et regardez de ce côté...

DE GERVAIS

Le portrait de votre mère!... (a Edmond.) Et quel est l'aueur de ce porlrait?

EDMOND

Demandez à Clotilde.

CLOTILDE, montrant Edmond.

Le voilà !

DE GERVAIS

Merci, Edmond! tu as compris que rien ne pouvait être plus doux à mon cœur que le portrait de ta bonne mère. (Tendant les bras à sa femme.) Chère Emilie !... MADAME DE GERVAIS.

Je suis toute honteuse d'être la seule qui ne te donne rien, le jour de ton anniversaire, mon ami.

DE GEUVAIS.

Tu ne me donnes rien?... Et ces deux beaux et chers enfants-là, qui donc me les a donnés ?... Un anniversaire, chers amis, à moi?... J'ai donc retrouvé, grâce à vous, cette sainte chose perdue, qu'on appelle un anniversaire ! Pendant dix ans que j'ai vécu loin de vous, j'avais oublié ce que c'était; j'ai cessé de vivre du jour où je vous ai quittés, et je ne commence à exister que du jour où je vous retrouve, (ils s'assoient à la table. Clotilde verse le thé. De Gervais prenant sa tasse.) Merci, Clotilde ! J'ai toujours aimé, quoique l'habitude vienne d'Angleterre, cette heure du thé, qui, deux fois par jour, réunit la famille à la même table. Ce sont deux pages du même livre... Sur la feuille du matin, il y a : « Aimons-nous !... » sur celle du soir, il y a : «Nous nous sommes aimés! » Le hasard remplit les autres feuilles.

CLOTILDE

Monsieur Edmond, voulez-vous sonner, s'il vous plaît?

DE GERVAIS

Hein!... qu'est-ce que c'est que cela?...

CLOTILDE

Pour qu'on apporte de l'eau bouillante.

DE GERVAIS. se levant.

Halte! monsieur Edmond, je vous prie... Venez ici, s'il vous plaît, mademoiselle Clotilde...

EDMOND, bas, à Clotilde.

Encore, vous voyez...

CLOTILDE, à Edmond.

Je vous jure que ce n'est pas ma faute.

DE GERVAIS

Mes enfants, j'ai quelque chose à vous dire à tous deux,..

(Ils viennent de chaque côté de Gervais ; madame de Gervais reste assise.)

EDMOND

Parlez, mon père...

DE GERVAIS

Tu écoutes, Clotilde?...

CLOTILDE, qui regardait madame de Gervais. Oui, mon père.

DE GERVAIS

Eh bien, les façons cérémonieuses, convenables entre étrangers, me semblent au moins superflues entre frère et sœur...

Jiicr, j'entre, comme, en prenant cong.3 de ClotilJe, toi, Edmond, tu lui baisais la main. Ce malin, en parlant d'elle, tu lisais mademoiselle... Tout à l'heure, en te priant de sonner, clic disait monsieur.

CLOTILDE

Mon père!

DE CERVAIS.

Je vous ai quittés, lors de mon départ, vous aimant et vous (Mtoyant; je vous retrouve cérémonieux et vous disant vous. edmond.

Ce n'est point notre faute, mon père.

DE CERVAIS.

Oui, je sais ce que vous allez me dire : c'est de bon goût, c'est de grand monde, c'est de haute aristocratie... Trèsbien! ... mais nous ne sommes ni dos Rohan ni des Montmorency... Nous nous appelons de Gcrvais tout court... .Vous avons même dû d'abord nous appeler Gervais, ce qui était encore plus court; nous sommes de bons bourgeois, mes enfants, profitez donc du bénéfice de la bourgeoisie... Clotilde, ne l'appelle plus monsieur... Edmond, n'appelle plus ta sœur mademoiselle... Mes enfants, ne vous dites plus vous... et, quand vous vous quitterez, quand vous vous reverrez, au lieu de cette froide politesse des gens du monde, qui consiste, pour la plupart du temps, à rapprocher des lèvres menteuses d'une main glacée, ayez la bonne et franche caresse des cœurs qui s'aiment, ce tendre et loyal baiser qu'on entend résonner sur les joues... parce qu'il n'a aucun motif de se cacher... Allons, mes enfants, demandez-vous pardon.

EDMOND, s'approebant de Clotilde.

Ma sœur !

CLOTILDE, baissant les yeni.

Mon frère !...

EDMOND

Veux-tu me permettre...?

DE CERVAIS, les poussant.

Mais allons donc I... (Edmond embrasse Clotilde. A sa femme.) Oh!

les singuliers enfants que nous avons là! (a part.) On dirait qu'ils ne s'aiment pas.

LE DOMESTIQUE, entrant.

Monsieur!

CLOTILDE, bas, à madame de Gervais.

Vous le voyez, madame, il n'y a pas de ma faute.

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