SCÈNE 111 CLOTILDE, puis EDMOND
CLOTILDE
Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu!...
EDMOND
Clotilde!
CLOTILDE
Vous, Edmond ?...
J'attendais qu'il sortît... Que lui avez-vous dit?
CLOTILDE
Tout ce que je devais lui dire, Edmond; mais il a autant insisté pour épouser Clotilde Duplessis, plus encore peut-être, qu'il n'eût insisté pour épouser Clotilde de Gervais.
EDMOND
Et qu'evez-vous répondu ?
CLOTILDE
11 est sorti sans attendre ma réponse, me donnant une heure pour réfléchir.
EDMOND
Maintenant, qu'allez-vous faire?
CLOTILDE
Le sais-je moi-même, et n'ai-je pas fait tout ce que j'ai pu?
EDMOND
Oh ! cet homme avec ses millions !...
CLOTILDE
Edmond, prenez garde! vous êtes tout près de m'insulter, et, Dieu merci, je ne vous en ai pas donné le droit ; il a demandé une heure, c'est plus qu'il n'en faut pour que je parte sans que personne, pas même vous, sache où je suis allée.
EDMOND
Oli ! vous savez bien qu'il vous est impossible de partir.
CLOTILDE
Et cependant, il m'est plus impossible encore de rester.
EDMOND
ainsi, vous aimez mieux faire mon désespoir, faire celui de K<on père, le tuer peut-être, que de dire à un étranger que vous ne l'aimez pas, que vous ne voulez pas l'épouser?
CLOTILDE
Il y a, vis-à-vis de certaines gens, dans certaines circonstances, des choses bien difficiles à dire, monsieur.
EDMOND
Dites-lui que vous m'aimez, Clotilde.
CLOTILDE
Vous l'ai-je jamais dit à vous-même?
EDMOND
Dussiez-vous mentir, dites-le-lui, je vous en supplie.
CLOTILDE
Oh ! Edmond, je vous en ai déjà prié, laissez-moi vous quitter, laissez-moi fuir.
EDMOND
Eh bien, non, c'est moi qui partirai, qui m'exilerai ; je ne reviendrai que sur un signe, sur un mot de vous. Je pars, Clotilde; mais, auparavant, dites-moi que vous m'aimez, avec cet accent qui, partant du coeur, ne laisse point de doute dans le cœur, et je pars, Clotilde. Au nom du ciel, à vos genoux, Clotilde, je vous en supplie, je vous en conjure !
CLOTILDE
M. de Gervais !
Mon père!