SCÈNE XIV
Les Mêmes, BOUCHAVANNES.
BOUCHAVANNES, s'arrêtant sur le seuil do la porto. Le roi a appelé ?
LE ROI
Oui, monsieur. Je désire que vous preniez le signalement de cette enfant-là, et que vous le donniez à vos camarades, afin qu'elle puisse arriver quand elle voudra jusqu'à moi ; d'ailleurs, son nom sera son passe-port : elle s'appelle Georgette.
BOUCHAVANNES.
Le roi sera ohéi.
CEOHCETTE.
Oh ! que je suis contente !
LE ROI
Attendez donc, monsieur...
BOUCHAVANNES.
Sire?
LE ROI
N'êtes-vous pas M. de Bouchavanncs?
BOUCHAVANNES.
Oui, sire.
LE ROI
Alors, vous arrivez de Turin ? Il me semble qu'on m'a fait signer un congé pour vous.
J'arrive de Turin, en effet, il y a huit jours, sire, et j'y ai passé trois mois, ma mère ayant l'honneur d'être dame du palais de la régente.
LE ROI
Venez ici, s'il vous plait, monsieur.
BOUCHA VANNES, déposant sa demi-pique près de la porte, et s'avançant. Sire !
LE ROI
Vous devez connaître la princesse Marguerite?
BOUCHAVANNES.
J'ai eu l'honneur de la voir presque tous les jours, et de lui parler deux ou trois fois.
LE ROI
Et quelle personne est-ce, monsieur ?
BOUCHAVANNES.
Le roi me fait l'honneur de m'interroger sur le physique ou sur le moral?
LE ROI
Sur tous deux, monsieur.
GEORGETTE, barrant la porte du fond à Poquelin avec la demi-piqne de Bouchavannes.
On n'entre pas !
LE ROI
C'est cela, Georgette! fais bonne garde à la place de M. de Bouchavannes.
LE ROI
Ah ! c'est vous, monsieur Poquelin ? Bien, dans un instant.
POQUELIN, s'éloignant.
Sire!...
GEORGETTE, remettant la pique à sa place. La!
LE ROI
Revenons à notre interrogatoire, monsieur.
BOUCHAVANNBS.
Eli bien, sire, la princesse Marguerite est, au moral, une pieuse et bienfaisante princesse, digne en tous points du sang dont elle sort.
LE ROI
Elan pbysique?... Je désire un portrait exact, monsieur de Bouchavannes.
BOUCHAVANNES.
Sire, des cheveux noirs, de grands yeux mélancoliques, un teint plutôt calme qu'animé, un nez bien fait, des lèvres fraîches, des dents blanches, une taille gracieuse et llexible... •D'ailleurs, si le roi désire des renseignemente plus précis...
LE ROI
Eh bien ?
BOUCHAVANNES, souriant.
J'ai l'avantage de connaître une jeune fille attachée à la princesse en qualité de demoiselle d'honneur.
LE ROI
Merci, monsieur de Bouchavannes; je sais tout ce que je voulais savoir. Si vous n'êtes pas de service, ce soir, ce qui est probable, puisque vous l'êtes ce matin...
BOUCHAVANNES.
Pardon, sire ! nous sommes peu nombreux: vingt-quatre en tout...
LE ROI
Je savais que M. le cardinal faisait des économies d'argent, mais j'ignorais qu'il fit des économies de mousquetaires.
BOUCHAVANMS.
De sorte que nous avons deux factions toutes les vingtquatre heures; ma seconde, à moi, vient ce soir, de neuf à onze heures, dans la cour de l'Orangerie.
LB ROI
Eh bien, jusqu'à neuf heures, venez au jeu ; j'aurai plaisir avons y voir, et peut-être besoin de vous demander de nouveaux renseignements. Vous êtes bon gentilhomme, à ce que jervois, monsieur?
BOUCHAVANNES.
Sire, mon père a eu l'honneur de monter dans les carrosse» du roi Louis XIII.
LE ROI
C'est bien ; on tâchera de vous trouver une compagnie, monsieur.
Oh! sire !...
(D. salue militairement et reprend sa faction. LE ROI.
Et, maintenant, laissez entrer H. Poquelin.