SCÈNE XYII
LE ROI, seul, s' asseyant.
Où diable l'orgueil va-t-il se nicher? (Ouvrant le plaçât.] « Placet tendant à obtenir une lettre de cachet contre le sieur Jean-Baptiste Poquelin, se faisant appeler Molière. — Sire... » (Apercevant un papier.) Tiens, qu'est-ce donc que ce papier qui s'est glissé dans le placet de maître Poquelin?... L'écriture de M. le cardinal! (il lit.) « Salle à manger : deux mille livres; chambre à coucher du roi, de la reine : quatre mille livres... Total : vingt mille livres, payables le 25 septembre 1659. — Mazariï». » Ah çà! mais c'est l'ordonnance de ce pauvre diable, que, dans son trouble et dans son indignation, il a glissée entre les pages du placet... Il faut que je la lui fasse remettre... (S'arrêtant.) Oh! oh! qu'y a-t-il donc de l'auVre côté?... Peste! un chiffre assez rond! « Trenteneuf millions deux cent soixante mille livres ! » Qu'est-ce que cela? «État de la fortune de M. le cardinal Mazarin, au 24 septembre 1658. » Ahl par ma foi! c'est d'hier; on ne saurait rien trouver de plus nouveau. (Lisant.) « Sur Lyon : trois millions neuf cent mille livres; sur Bordeaux: sept millions ; sur Madrid : quatre millions ; rentrées générales : sept millions; propriétés en terres, châteaux, palais, maisons, bois : neuf millions; bourse et valeurs diverses : deux millions six cent mille livres ; total : trente-neuf millions deux cent soixante mille livres. » Ah ! monsieur de Mazarin, vous qui criez toujours misère! Mais comment ce précieux papier se trouve-t-il entre les mains de Poquelin?... Ah! je comprends ! sans faire attention à ce qui était écrit d'un côté, M. de Mazarin a écrit de l'autre... C'est cela! Par ma foi! voilà un précieux renseignement, et qui peut faire le pendant à la nouvelle que m'a annoncée Georgette.,, Bon! on vient,.. C'est sans doute le coquin de fils.
9i THÉÂTRE COMPLET D'ALEX. DUMAS