MAZARIN, BERNOUIN
BERNOUIN, entrant.
Ah! voilà monseigneur... Monseigneur !
MAZARIN
Quoi?... Ah! c'est toi, Bernouin! Viens, mon cer Cer« nouin! viens, mon ami! viens!
BERNOUIN
Oh! oh! qu'a donc Voire Éminence? Elle me parait fort agitée.
MAZARIN
Oui, dou tourment, mon cer Bernouin... et pouis de la zoie aussi, ounpou... Maïs que se passe-t-il donc là-bas, que te voilà ? Ze t'avais dit de ne venir me rezoindre que s'il arrivait oun événement d'importance.
BERNOUIN
Il en est arrivé deux, monseigneur.
Ah ! doux ?
BERNOUIN
Oui, deux grands événements. D'abord, M. de Conti est à Vincennes, il vient apporter au roi la soumission de M. de Condé.
MAZARIN
Après ?
BERNODIN.
Et annoncer que le prince est malade à Bruxelles,
MAZARIN
Ah! pauvre prince! il est malade?
BERNOUIN
Très-malade, monseigneur; ce qui fait qu'il désire rentrer en France, et envoie sa soumission.
MAZARIN
Ze loui espédierai Guénaud, mon médecin. Diavolo ! il ne faut pas oublier, au bout dou compte, que c'est le premier prince dou sang!
BEliNOUIN.
Et, quant à sa rentrée en France?...
MAZARIN
S'il est aussi malade que tou dis, Bernouin, il a plous besoin d'oun médecin que d'oun passe-port, et ce serait esposer sa santé que de permettre qu'il se mit en voyaze... Non, Guénaud le guérira d'abord; cela prendra dou temps, et, pendant ce temps, z'aviserai. Bcrnouin, si zamais tou deviens homme d'État, n'oublie pas (pie le grand secret de la politique est dans ces doux mots : Savoir attendre... L'autre événement, Bernouin?
BERNOLIN.
L'autre événement, monseigneur, c'est la présence à Yincennes du roi Charles II.
MAZARIN
Le roi Caries II est à Vincennes?
BERNOUIN
Oui.
Tou en es soûr?
J'en suis sûr.
Qui l'a vou?
MAZARIN
BERNOUIN
MAZARIN
BERNOUIN
Moi, derrière sa jalousie, à l'hôtel du Paon couronné, près de la place d'armes.
MAZARIN
Ah! Bernouin! oui, tou as raison, voilà oun grand événement! C'est encore la reine Anne d'Autrice qui l'aura fait venir pour embrouiller les affaires... Comme si les malhourouses alfaires elles n'étaient point assez embrouillées dézà! Ah! si le roi Caries II était sour le trône d'Angleterre, ze conçois que la petite Henriette, à défaut de l'infante, ferait oune femme toute trouvée au roi, et nous épou crions oune grande pouissanec au moins ! Ma c'est monsou Ricard Cromwell qui, pour le moment, est roi d'Angleterre, et nous avons des traités avec loui... Bernouin, tou vas retourner au râteau; et que ze trouve Guitaut cez moi en arrivant, enteiuls-tou?
BERNOUIN
Comment! vous allez faire arrêter le roi Charles II?
MAZARIN
Oh! non ! il faut avoir des igards pour les téles couron-
nées... Ze vais loui faire dire de quitter la France dans les houit zours, et Vincennes dans les vingt-quatre houres.
BERNOUIN
Et s'il ne part pas?
MAZARIN
Alors, ce ne sera pas ma faute, ce sera la sienne : z'azirai!
BERNOUIN
Hum!
MAZARIN
Bernouin! si zamais tou es ministre, souviens-toi qu'on se tire de tout avec ces doux mots : Savoir azir.
BERNOUIN
Comment monseigneur concilie-t-il cette seconde maxime avec la première?
MAZARIN
Ze ne les concilie pas, ze les mets face à face; l'oune fait pendant à l'autre, mon ami, et, selon l'occasion, ze me sers de celle dontz'ai bezoin. Ma çout!
BERNOUIN
Quoi?
MAZARIN
Vois-tou qui vient là-bas?
BERNOUIN
Ah! ah! Sa Majesté et mademoiselle de Mancini.
MAZARIN
Retourne à Vincennes, et préviens Guénaud de se tenir prêt à partir.
BERNOUIN
Oui, monseigneur.
MAZARIN
Ne dis pas pour quel pays !
BERNOUIN
Ne craignez rien.
MAZARIN
Préviens Guitaut de se tenir prêt à azir.
BERNOUIN
Oui, monseigneur.
MAZARIN
Ne dis pas contre qui!
BERNOUIN
Soyez tranquille.
MAZAIUN.
^ a! (Bernouin sort. — Le Cardinal sortant à son tour, an moment «à «ntrent le Roi et Marie do Mancini.) Oh! la belle çose que la ZOUnesse! et comme cela fait touzours plaisir à voir!