‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 4)Chapitre 6 sur 151 · SCÈNE V WOLF, MARTHE, CÉLESTUS, à son télescoro · texte numérisé non relu

SCÈNE V WOLF, MARTHE, CÉLESTUS, à son télescoro

MARTHE

Oh! mon Dieu, qu'y a-t-il donc? Il me semble que j'entends les cris d'un enfant!

CÉLESTUS.

D'un démon ! d'un diable !

MAIITIIE.

Oh! quel amour de petite créature !... D'où vient-elle donc,

mon Dini?

CÉLESTUS.

De l'enfer!

MARTHE

De l'enfer?

WOLF

Mademoiselle, c'est une figure... Non, nous l'avons trouvée là, sur cette table.

MARTHE

Quand cela ?

WOLF

Tout à l'heure.

MARTHE

Et sans aucun indice qui puisse faire connaître son origine ?

WOLF

Si fait, mademoisselle, il y avait ce billet. MARTHE, à part, prenant le billet. L'écriture de Conrad! je comprends... (Haut.) Eh bien, mon frère, que décidez-vous a l'égard de ce petit malheureux?

CÉLESTUS.

Ce que je décide? Par bonheur, Babenhausen demeure dans la maison, au-dessus de nous; ce que je décide, c'est que je vais l'appeier et lui remettre cet enfant; il est bourgmestre, cela le regarde !

MARTHE

Oh! mon frère!... vous ne commettrez pas une pareille cruauté !

CÉLESTUS.

Si fait... au contraire!

MARTHE

Vous na'bandoimerez pas un pauvre enfant qu'un père et une mère en larmes vous ont confié, à vous, par cette seule raison qu'ils vous jugent meilleur que les autres hommes.

CÉLESTUS.

Bah! bah! tout cela, ce sont de belles paroles, ma sœur...

MARTHE

Qui vous amèneront à une bonne action, je l'espère, Ccleslus.

CÉLESTUS.

Jamais !

Représentez-vous donc ce qu'un pcre et une mère ont dû souffrir avant de se séparer de leur enfant, pour le confier i

un étranger.

CÉLESTUS.

Juste i» ut! pourquoi un étranger ferait-il pour lui ce qt-e n'ont fait ni son père ni sa mère?... D'ailleurs, le ea prévu : il y a dans chaque commune un établissement destine à ces petits messieurs-là... et...

MAUTIIE.

Célestus, vous ne parlez pas avec votre cœur... Non, en ce moment-ci, vous n'êtes pas vous-même... Célestus, je roua croyais meilleur.

CÉLESTUS.

Ma sœur !

Voyons, je t'en prie.

Célestus !

Pour moi !

MAUTIIE.

YVOLF.

MAUTIIE.

f.TUS.

Eh bien!... puisque tu le veux, pour la paix, je consens à en prendre soin... Nous l'enverrons dans quelque village... un peu loin... Je ne regarderai pas à la dépense; tu me diras ce qu'il faut d'argent, et...

(Il retourne îi son télescope.) MARTHE.

Ton argent?... Ne parle pas de ton argent.

Allons, bon !

MARTHE

Ton argent n'étouffera pas les cris de ta conscience, et il te feront plus de mal que ceux de ce petit innocent. S'il pouvait te parler, il te dirai : a Ce n'est point île l'argent que ii.on père t'a demandé pour moi et que je te demande, c'est... c'est ton amitié... c'est ton amour... c'est ton cœur!... à défaut de l'amitié, de l'amour et des cœurs que j'ai perdus... »

CÉLESTUS.

Ma sœur!

WOLF

Malheureusement, mademoiselle, je ne possède rien et je suis chez mon ami-^Cependant, peut-être qu'en vendant mes livres...

MARTHE

Vous entendez, Célestus ! et vous n'avez pas de honte ! 0 pauvre infortuné, pour qui la vie s'ouvre si triste et si amère!... en quelles mains es-tu tombé?...

CÉLESTUS, se levant et passant au milieu.

En des mains humaines, ma sœur. Merci, Marthe! merci, Wolf! de la leçon que vous venez de me donner; mais l'enfant m'est adressé, l'enfant est à moi. (Etendant la main sur l'enfant.) Dors tranquille, pauvre petit! à partir de ce moment, tu as un père.

MARTHE

Ah ! m on frère!

WOLF

Oh ! mon ami !

Regarde, Célestus, on dirait qu'il te remercie par un sourire,

CÉLESTUS.

11 est gentil.

MARTHE

Comme il est paisible !

CÉLESTUS.

Le fait est qu'il ne dit rien.

WOLF et MARTHE.

Pauvre petit ange!

(Us se penchent sur le berceau; ils se trouvent ainsi tête contre tête et se re'.lvent tout confus.)

CÉLESTUS.

Attends donc! je ne sais pourquoi j'ai idée que ce gaillardlà fera du bruit dans le monde.

WOLF

Oui, mon ami, c'est une chose à remarquer que beaucoup d'enfants qui ont été exposes ont eu de grandes destinées: Romnlus, Cyrus, Thésée, Hercule même.

CÉLESTUS.

Comment l'appellerons-nous ?

WOLF

Comme tu voudras, mon ami.

CÉLESTUS.

Théodore!

Orion !

WOLF

Romulus!

MARTHE, a Célcslns.

Mon ami, je crois que voilà Romulus qui va pleurer...

CÉLESTUS.

Ah!... je ne lui ai rien dit... Que signifie?

MARTHE

Pauvre petit ! ça signifie qu'il a faim.

WOLF

Ali! si nous avions une louve!

MARTHE

Non! Romulus se contentera d'une nourrice!... Justement, Edith Rembach est en quête d'un nourrisson; sa maison est à dix pas de la nôtre... Moi., j'emporte Romulus dans ma chambre; c'est là qu'on le trouvera... Ouvrez-moi la porte, mon frère.

(Elle emporte la corbeille; Célestus l'éclairé et ouvre la porte.)

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