SCÈNE IV
CELESTUS et WOLF, qui ont allumé leur amadou en même temps allument à cet amadou une allumette, et, arec l'allumette, chacun sa bougie.
( r.i.tsTus.
Maintenant, fais-moi grâce de tes horloges, je te prie; il y a une demi-heure que tu parles tout haut, tandis que; moi, pour ne pas le déranger, je me concentre, je m'abstrais...
WOLF
Oh! mon ami, excuse-moi, c'est un défaut de nature; je parle quand je veille et je ronfle quand je dors; mais sois tranquille, je vais m'observer, et cela ne m'arriveraplus...
(Tous deux commencent a parler bas, puis ils parlont a mi-voix, puis ils finissent par crier.) CÉLESTUS. WOLF.
Non, cette irrégularité n'est En effet, la véritable force point naturelle ; dans ce vide active renferme l'action en
scandaleux de cent quatre elle-même; c'est un pouvoir
moyen, entre la simple faculté d'agir et l'acte déterminé et effectué : c'est là que la puissance des deux horloges est claire.
vingts millions de lieues, il y a ou il y a eu une planète. Jupiter est un astre déjà suspect d'accaparement à cause de ses quatre lunes... Est-il donc vrai, grand Dieu !
(Un cri d'enfant s'échappe de la corbeille.) CÉLESTUS.
Hein?
W0LF;
Quoi?
CÉLESTUS.
Est-ce que tu n'as pas entendu ?
WOLP.
Oui...
Un cri étrange !...
En effet, j'ai cru..
Chut!...
Quoi?
Plus rien.
Moi aussi
CELESTU
CÉLESTUS,
WOLF
CELESTUS.
Je suis sûr, cependant.
WOLF
Voyons donc un peu...
Voyons.
CÉLESTUS.
Qu'est-ce que ce peut être?
(Chacun d'eux prend sa bougie et cherche à droite et à gauche. — Los mouvements doivent être calculés de manière que les deux hommes, avec les doux bougies, se trouvent chacun d'un côté de la table.) WOLF.
Ah ! cette fois !
CÉLESTUS.
Tiens, qu'est-ce que c'est que cela ?
C'est une corbeille.
CÉLESTUS.
Parbleu ! je le vois bien. Mais qui l'a afrporti t
WOLP.
Je n'ai vu personne, moi.
CÉLESTUS.
Xi moi non plus.
WOLF
A propos, n'ailendais-tu pas un télescope?
Oui.
WOLF
Eh bien, c'est sans doute cela.
CÉLESTUS.
Encore faudrait-il que quelqu'un l'eût posé sur cette table.
WOLF
C'est juste, il ne saurait être venu tout seul.
CÉLESTUS, posant sa bougie.
N'importe! voyons.
WOLF
Voyons.
CÉLESTUS lève le couvercle do la corbeille et jette cri un terrible. Ah!
WOLF s'approche et jotlc un cri pareil. Ah!
CÉLESTUS.
On enfant !
Un enfant!
(Les doux hommes se regardent, pres-jne épouvanté».) CÉLESTUS.
Un enfant chez moi ?... Je n'en veux pasl
WOLF
Prends garde.
Je n'en veux pas !
"WOLF
Tu vas le réveiller.
CÉLESTUS.
Je me moque pas mal de le réveiller... Je n'en veux pas !,
WOLF
Oui; mais, si tu le réveilles, il criera.
CÉLESTUS.
Mais d'où nous arrive ce drô!e-là, je te le demande ?
WOLF
Mon ami, voici un billet qui pourrait bien nous le dire.
CÉLESTUS.
Un billet!
WOLF
Lis donc !
CÉLESTUS.
Alors, éclaire-moi. (Lisant.) « Mon cher Célestus... »
WOLF
Tiens, c'est à toi que l'enfant est adressé.
A moi! quelle abominable plaisanterie!... « Mon cher Cjlestus.... » C'est bien à moi!... « Je te confie cet innocent... »
WOLF
Il paraît que c'est un garçon... Tant mieux!...
CÉLESTUS, continuant délire.
« Sois sa providence; apprends lui à plaindre son père, gémissant dans l'exil et qui, probablement, ne pourra jamais venir te réclamer le précieux dépôt qu'il remet entre tes mains. Signé : ***. » Trois étoiles! Comment, trois étoiles?... Mais ce n'est pas un nom, cela !
WOLF
Trois étoiles?... Ah! c'est qu'il aura pensé que, s'adressant à toi...
CÉLESTUS.
C'est bien; plaisantez, monsieur Wolf !... faites le bel esprit !
WOLF
Je ne plaisante pas le moins du monde, mon cher Célestus; je n'ai pas même l'idée de faire de l'esprit.
CÉLESTUS.
Je voudrais bien un peu que cet enfant fût vous adressé, à vous.
WOLF
S'il m'était adressé, je l'accueillerais comme un hôte que Dieu m'envoie.
Libre à vous, monsieur Wolf ; mais, moi...
(Il prend la corbeille.) WOLF.
Que veux-tu faire?
CÉLESTUS.
Attends donc ! La flamme de cette bougie ne va-t-elle pas de droite à gauche maintenant?
WOLF
Sans doute.
CÉLESTUS.
En ce cas, c'est que le vent vient du nord, et, si le vent vient du nord, je puis voir Orion... Mon cher Wolf, sers de père à l'enfant pendant que le vent vient du nord.
(Il retourne à son télescope.) WOLF.
Pourvu qu'il ne se réveille pas ! (il berce d'abord doucement l'cnfant ; puis, avec sa distraction habituelle, il arrive à le secouer d'une façon déplorable.) Dors, chère petite créature ! tandis que ton destin se décide; dors de ce précieux sommeil qui ne ferme que les jeunes paupières, (u secoue la corbeille.) Savoure ce repus bienfaisant (pie la nature, cette attentionnée, cette bienfaiui le nourrice, accorde aux élus de son amour. Savoure! savoure !
(L'enfant jette des cris affreux.) CÉLESTUS.
Ah ! bon ! voilà que ça recommence.