SCÈNE XVII LE R«I, ANNE D'AUTRICHE
LE ROI, sans voir sa mère.
C'est étrange comme cet homme a des paroles qui font penser ! On dirait que, de même que pour son théâtre, il a dans la vie la faculté de lever un rideau qui laisse voir des
horizons ignorés, des perspectives inconnues. (Se retournant.) Ah ! c'est vous, madame !
ANNE
Avec qui donc étiez-vous là, Louis?
LE ROI
Avec M. Molière, madame.
ANNE
Un comédien, je crois? Le fils de Poquelin, n'est-ce pas, qui désire un privilège de théâtre?
LE ROI
Justement.
ANNE
Et vous lui signiez son privilège?
LE ROI
Non, madame, je lui signais la grâce de M. de Condé.
La grâce de M. de Condé? Vous autorisez M. de Condé à rentrer en France ?
LE KOI.
Oui, madame.
ANNE
Sans m'avoir consultée? sans avoir consulté M. de Mazarin?
LE ROI
Pardon, madame, mais je croyais le droit de grâce un droit royal.
ANNE
Sire, jamais votre auguste père n'a signé un acte de cette importance sans consulter son ministre.
LE ROI
Mon père, madame, régnait sons M. de Richelieu, et je suis décidé, moi, à régner sur tout le monde.
ANNE
Même... ?
(Elle hésito.)
LE ROI
Sur tout le monde, madame !