SCÈNE III
CUDDY, seul.
Ah ! il manque une chose dans cette maison : c'est un domestique pour servir les domestiques... (ii s'assied.) Enfin, on ne peut pas tout avoir. Je me servirai moi-même, (il déplie sa serviette. — Regardant le plat.) Est- il possible de déguiser les œuvres du bon Dieu de cette façon !... Je trouve énormément agaçant de manger sans savoir ce que l'on mange; pourvu que ce ne soit pas quelque viande défendue par les règles de notre sainte Église presbytérienne! quelque mets de cavalier! Oh! il n'y a pas de danger!... lord Hamilton est un pur. C'est bon, au reste, il n'y a rien à dire, (se versant à boire.) A la bonne heure, voilà ce que l'on ne peut déguiser... (Ba- Tant.) 0 vin de France, je te reconnais, quoique nous ayons rarement fraternisé l'un avec l'autre... Quel malheur que la dame inconnue n'ait pas eu une suivante qui soit venue me dire : « Beau serviteur, protége-moi. » Heu! peut-être, à cette heure, serais-je occupé de chercher la suivante, comme mon maître cherche la maîtresse. Je ne crois pas cependant... Les probabilités sont que je serais à table comme j'y suis en ce moment. Oui, mais je me dirais ce que se dit mon maître : « Elle est jolie, probablement...» J'aurais des regrets, et cela troublerait mon repas, tandis que je n'ai aucun regret et que je soupe tranquillement... Cuddy I (ii prend la bouteille.) ftlon cher Cuddy, t'offrirai-je encore un petit verre de ce vin de liqueur?... Oui, volontiers! Mais pourquoi un petit verre? L'étrange manie que l'on a, je vous le demande un peu, de boire le mauvais vin dans de grands verres, et le bon dans des petits... Réformons cela, (il se verso du vin dans un grand verre et se lève.) Ma foi! moi aussi, j'ai bien soupe. Son Honneur m'a dit de l'attendre debout; or, comme je suis si fatigué que je dors tout debout, autant vaut que je me couche. Faisons notre choix, les sièges ne manquent pas; j'opte pour ce grand fauteuil, qui me paraît tout disposé à me seconder dans mon projet. Mais, la nuit, j'ai des défaillances; mettons cette moitié de poulet et le reste de cette bouteille de vin de France à la portée de la main. Dans ma jeunesse, ma mère me disait toujours que j'étai= ^^omnambule et que je me relevais la nuit
l'envers d*une conspiration 197
pour manger... Je le lui laissais croire... Ah! ah! ouest mieux ici que sur la place de White-IIali. Si je tirais lesj rideaux ! (U détache un rideau qui le cache au public. — II n'y a qua su main qui passe et qui lient la bouteille placée sur la table.) Et Sou Honneur... (s'endormant) a eu une heureuse idée de donner un coup d'épôp... à lord... Hamilton.