‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 113 sur 138 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

EDITH, puis NANCY.

L'armoire placée au premier plan à droite tourne sur elle-même et donnepassage aux ;deux temmes. Edith s'avance la première, timidement, sur la pointe du pied.

NANCY, la suivant, mais s'arrêtant à la porte. Vous êtes sûre qu'il est sorti, mademoiselle?

EDITH

Oui.

NANCY

Bien sûre?

EDITH

Je l'ai vu de mes yeux remontant la rue de Villiers et s'acheminant vers le Strand. A tout hasard, je vais fermer cette porte, et toi, ferme celle qui communique à l'appartement de mon frère. (Après que Nancy a été Termcr la porte, Edith descend un peu en scène.) Tu me dis qu'ils se sont battus, il y a une heure, sur la place de White-Hall?

NANCY

Oui, mademoiselle.

EDITH

Mais, alors, comment mon frère rentre-t-il chez lui au bras de l'homme qui l'a blessé?

NANCY, apercevant la malle et la valise.

Ah ! mademoiselle ! .. . Mais, dites donc, voici quelque chose qui va bien nous gêner, il me semble.

EDITH

Quoi?

Cette chambre n'était-clle pas le passage par lequel Sa ^'ajestédevnit fuir en cas d'alerte?

198 THÉÂTRE COMPLET D'âLEX. DUMAS

EDITH

Oui; après?

NANCY

Eh bien, mais c'est qu'ils y sont installes,

EDITH

Où?

NANCY

Dans cet!e chambre. Voici la malle du maître et très-probablement la valise du domestique.

EDITH

Mon Dieu! que dis-tu là?

NANCY

Voyez plutôt.

EDITH

Voilà qui se complique de plus en plus,

NANCY

Qu'en dites-vous?

EDITH

Je dis que, si, par bonheur, ce jeune homme appartenait à la bonne cause, il n'y aurait que demi-mal; mais ce n'est pas probable. Un royaliste ue serait pas si bon ami de mon frère.

NANCY

11 y aurait encore quelque chose de pis que de le trouver royaliste.

EDITH

Qu'y aurait-il de pis?

NANCY

Ce serait de le trouver amoureux.

EDITH

Eh bien, après?

NANCY

Oh ! c'est que, s'il ne l'était pas, et que mademoiselle voulût se donner la peine de lui faire tourner la tète...

EDITH

Taisez-vous!

NANCY

Pardon, mademoiselle.

EDITH

Comment voulez- vous qu'un jeune homme de cet âge-là tiit le cœur libre?

l'envers d'une conspiration 190

NANCY

Mademoiselle l'a bien.

EDITU.

" Je suis une femme, moi.

NANCY

Ce n'est pas une raison.

EDITH

Je voudrais seulement savoir qui il est.,, et quant à l'ô'.at de son cœur...

NANCY

Eh bien.^

EDITH

Cela ne me regarde pas.

NANCY, après avoir regardé la mallo. ,

Vous voudriez savoir qui il est?

EDITH

Oui.

NANCY, poussant la malle da pietl.

C'est bien facile, ce me semble.

EDITH

Comment t'y prendrais-tu? Voyons.

NANCY

Voici sa malle. 11 serait bien extraordinaire qu'elle ne contînt pas quelque papier, quelque lettre, quelque renseignement, à l'aide duquel on puisse arriver à connaître sa famille.

Vous voulez que je force une serrure? Vous êtes folle, ma chère.

NANCY

Rien à forcer du tout, mademoiselle: la malle est ouverte.

EDITH

Ah ! elle e.-t ouverte?

NANCY

Tenrz, voyez plutôt.

EDITH

Tu veux, Nancy, que je commcîte une pareille indiscrétion?

NANCY

Dame, la .jravité des circonstances excuse bien votre curiosité.

EDITH

Il est vrai que les circonstances sont graves.

NANCY

Mais songez donc, mademoiselle, qu'il s'agit tout simplement du salut du roi et du bonheur de l'Angleterre.

EDITH

Je crois que tu as raison, Nancy; et devant de pareils intérêts...

(Elles portent la malle sur une chaise à gaucho.)

Il n'y a pas d'indiscrétion possible... Je vous demande un peu si l'on peut comparer un méchant Écossaif...

EDITH

11 a fort bon air, Nancy, je t'assure.

NANCY

Je crois bien : ils se figurent tous qu'ils descendent de Robert Bruce!

(Elle va à la valise de Cuddy.)

EDITH

Sans compter qu'il est brave. Un homme qui s'est battu avec le colonel Hamilton,et qui l'a blessé!

NANCY

Voyez, sans perdre de temps; voyez, mademoiselle, voilà a nuit qui vient.

(Elle ouvre la valise de Cuddy.) EDITH.

Mais que fais-tu, toi?

NANCY

Je regarde, de mon côté, dans le portemanteau du valet, si je ne trouve rien qui puisse nous guider dans nos recherches.

EDITH

Je ne vois jusqu'à présent que des habits. Ah !.., un paquet de lettres.

(En plongeant la main vivement dans la malle, elle fait tomber les habits à

terre.)

Voilà votre affaire.

EDITH

Je n'ose.

NANCY

Lisez, lisez !

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EDITH

Trouves-tu quelque chose, loi?

NANCY

Ma foi ! non... Des guenilles, un vieux plaid, une jaquette.

EDITH, émue.

Ces lettres sont d'une écriture de femme, Nancy.

NANCY

La correspondance de quelque cousine.

EDITH

A moins que, comme moi, cette femme ne conspire, Nancy.

NANCY

Oh ! vous avez raison ; il faut les ouvrir, et à l'instant môme.

EDITH

Comment! toutes?

NANCY

Oh ! non, une seule suffira... Ah! mon Dieu! mon Dieu! un dirk, une vieille cornemuse... Ah !

(Elle trouve une bourse.) EDITH.

Quoi ?

NANCY

Rien.

EDITH

Eh bien, j'ai... j'ai ouvert la lettre... Mais..,

NANCY

Mais?

EDITH

Je ne sais comment cela se fait, je n'ose pas la lire.

NANCY, s'approchaut.

Ah ! mon Dieu ! mademoiselle, comme votre cœur bat !

EDITH

Tu es folle !

NANCY

Je l'entends d'ici.

EDITH, lisant.

« Mon cher fils... » Ah! c'était de sa mère,

NANCY

Bon jeune homme !

Et moi qui pensais...

NANCY

Voyez combien les jugements portés d'avance sont pleins de témérité. Pauvre garçon, quand on pense que vous le

«oupçonniez!...

EDITA

Tandis qu'il était innocent.

NANCY

Comme l'enfant qui vient de naître.

EDITH

Que tiens -tu donc là?

NANCY

Ah ! oui, à propos, la bourse du laquais. Vraie bourse d'Écossais, voyez: percée à jour.

EDITH

Elle renferme quelque chose, cependant?

NANCY

Une médaille de saint Dunstan... On dit que c'est un saint fort miraculeux pour donner de bons maris aux filles. Je prends la médaille.

EDITH, prenant la bourse d'Evan.

Celle du maître est un peu mieux garnie... Pauvre garçon! j'ai bien envie... (Tirant une bague de son doigt.) En reconnaissance du service qu'il m'a rendu...

Mademoiselle !

EDITH

Quoi?

NANCY

11 me semble avoir entendu...

EDITH

Ah ! mon Dieu !

NANCY, ^'avançant sur la pointe du pied du côté dn fanleml» apercevant Cuddy.

Là... là, près de nous... son laquais qui dort,

EDITH

Es-lu bien sûre au moins qu'il dorme?

NANCY, l'attirant à ello.

Voyez plutôt.

EDITH, écoutant.

Silence!

NANCY

Autre chose encore ?

EDITH

Des pas dans l'antichambre... On s'approche de la porle... on essaye de l'ouvrir... C'est lui!

NANCY

Sauvons-nous, mademoiselle! sauvons-nous!

(Elles s'échappent par la porte secrète; la porte so reforme sur elles, et l'armoire reprend sa place. — Il fuit nuit sur le théâtre.)

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