‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 116 sur 138 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

CUDDY

Comment ! au contraire ?

EVAN

Oui. Outre mon argent, auquel on n'a point touché, je trouve dans ma bourse une bague qui n'y était pas.

CUDDY

Votre Honneur, il y en a deux !

EVAN

Deux quoi?

CUDDY

Deux lutins : un qui en remet, et l'autre qai en retire.

EVAN, tout à coup.

Cette bague...

Eh bien?

Je la connais.

Bah!

CUDDY

EVAN

CUDDY

Je l'ai vue à la main de la feinme pour laquelle je me suis battu, au moment où elle passait son bras sous le mien.

CUDDY

Monsieur, comment voulez-vous que cotte femme, qui se sauvait de lord Hamilton comme du diable, vienne vous retrouver ji.istement chez lui.^ Impossible! à moins que...

ÏVAN.

A moins que?...

CUDDY

Ah! Votre Honneur, c'est bien pis, alors!

EVAN

Pis que quoi?

CUDDY

Pis qu'un lutin.

c £VAN.

Qu'est-ce donc?

'CUDDY

C'est une fée!... Vous vous rappelez la dame de Lochiel, qui attirait les voyageurs» en chantant sur le haut de la falaise, et qui les précipitait dans le torr«nt?... (Se cramponaant

l'envers d'une conspiration 207

■à la table.) Nous somPxies attirés, Votre Honneur! nous sommes attirés !

Tais-toi !

CUIiDY.

Vous avez entendu quelque chose?

EVAN

Quelqu'un vient par le conirlor; c'est sans doute notre hôte. Ramasse mes effets, et porte tout ça par là.

CUDDY

Monsieur, à voire place, je dirais tout à lord Hamilton, et, si c'est un chrétien...

EVAN

Je te dis de te taire!

(Cuddy sort quelques instants après l'arrivée d'Hamilton.)

SGÈNEVII EVAN, IIA3I1LT0N.

IIAsTiIILTON.

Pardon de vous déranger à pareille heure, mon jeune ami; mais une circonstance des plus graves m'amène chez vous. EVAN, sous l'empire d'une seule préoccupalion.

A toute heure du jour comme de la nuit, vous êtes le bienvenu, milord.

IîAjIÏLTGN.

J'ai lu la lettre de votre père... Il vous présente à moi comme un homme dévoué au parti du parlement.

EVAN, toujours préoccupé.

Du parlement?... Oui, oui, oui!... Certainement que je lui suis dévoué, au parlement...

Il me dit que vous êtes prêt à comhatlre pour la cause des saints, que représente le général Lambert.

EVAN

Pour la cause des saints, tout prêt!

HAMILTON

Et, au besoin, à vous faire lucr [-our elle?

EVAN

J'aimerais autant que la chose n'allât pas si loin ; mais, enfin, si mon père a engagé ma parole...

HAMILTON

Non-seulement votre parole, mais encore la sienne,

EVAN

La sienne aussi? En ce cas, lorsque le moment sera venu, milord...

HAMILTON

Il est venu!

EVAN, préoccupé.

Il est venu ?. .. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine à croire que vous êtes marié, milord !

HAMILTON

Marié ou garçon, Evan, il ne s'agit pas de moi.

EVAN

De quoi s'agit-il donc?

Il s'agit du salut de l'Anglererre. Sachez qu'un complot terrible se trame à cette heure.

EVAN

Ah bah !

HAMILTON

Un complot qui nous écliappe encore, mais dont nous sommes en train de réunir tous les fils.

EVAN, préoccupé.

C'est que, si vous étiez marié, tout s'expliquerait.

HAMILTON

Comment, tout s'expliquerait?

EVAN

Je m'entends... Vous disiez donc?

HAMILTON

Je disais qu'un coup d'une audace inouïe venait d'élrc exécuté.

EVAN

Bah ! lequel ?

HAMILTON

Le major Ingolsby, un renégat, un traître, vient, avec eiiK|uante hommes, de s'emparer de la Tour et d'y enfermer le général Lambert.

Comment! le général Lambert?..,

HAMILTON

Prisonnier, mon cher hôte! prisonnier! Maintenant, d*où vient le coup ? Vient-il de Monk ou vient-il du roi Charles? vient-il de tous deux?... Mais vous ne m'écoutez pas!

EVAN

Si fait, je vous écoute. (Répétant la phrase.) Vicnt-il de Monk ou vient-il du roi Charles? vient-il de tous deux ?... Ainsi, parole d'honneur! vous n'êtes pas marié?

HAMILTON

Jeune homme, Jeune homme! le moment est mal choisi pour plaisanter I

EVAN

Aussi, je vous jure que je ne plaisante pas le moins du monde.

HAMILTON

Alors, si vous ne plaisantez pas, suivez-nous,

EVAN

Où cela ?

HAMILTON

Il s'agit de réunir les soldats du parlement, épars dans les différents quartiers de Londres, de délivrer le général Lambert, de le remettre à leur tête, et de faire face au complot, quel qu'il soit.

EVAN

Faisons-lui face, je ne demande pas mieux.

Alors, prenez votre épée et suivez-moi.

EVAN

Cuddy, mon épée!

CUDDY, entrant.

Vous me laissez seul ici. Votre Honneur?

EVAN

Non, tu viens avec moi. Prends ta claymore.

CUDDY

Merci, Votre Honneur; combattre des hommes tant que vous voudrez, mais des esprits, des lutins, des fées... noni

HAMILTON

Oue dit donc votre laquais?

EVAN

Rien; seulement, il était convaincu comme moi que Votre Honneur était... j\1ais cela vous contrarie quand on vous en parle; n'en parlons donc plus, et cependant...

HÂMILTON.

Venez-vous ?

EVAN, cherchant des yeux.

Je ne vous demande que le temps d'écrire une ligne.

HAMILTON

Vous avez tout ce que vous cherchez sur cette table : encre, plume et papier.

EVAN

Merci.

(Il va à la table.)

HÂMILTON.

Le rendez- VOUS est au bout de ia rue de Villiers, dans le Strand; nous avons là deux cents hommes résolus: c'est tout ce qu'il faut.

EVAN

C'est plus qu'il ne faut.

HAMILTON

Je vous annonce à eux.

EVAN

Annoncez-moi.

HAMILTON

Mais prenez garde, si vous tardiez de dix minutes seulement, de nous trouver partis.

EVAN

Je vous rejoins dans cinq minutes.

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