SCÈNE II EVAN, LE Capitaine qui l'a arrêté
LE CAPITAINE
Vous avez appelé, sire ?
EVAN
Oui... pardon si je vous dérange. (Le Capitaine s'incline, mais froidement.) 11 n'est pas venu une dame pour s'informer de moi, savoir ce que j'étais devenu?
LE CAPITAINE
Vous attendiez une dame?
C'est-à-dire oui et non... Elle ne m'avait pas dit positivement qu'elle dût venir. Néanmoins, il était probable... Enfin, il n'est venu personne?
LE CAPITAINE
Si fait, sire : l'homme que vous avez demandé.
EVAN
Quel homme?
LE CAPITAINE
N'avez-vous point dit que vous seriez aise d'avoir votre valet près de vous ?
EVAN
Si fait. Mais il m'avait été répondu d'une façon assez sèche que la chose présentait de grandes difficultés.
LE CAPITAINE
Oui; mais, sur ma demande, le conseil s'est assemblé. lia été décidé que, celle faveur ayant été accordée au roi Charles I^**, votre père, et la position étant identique, elle devait vous être accordée à vous.
EVAN, gravement préoccupé Au roi Charles 1*% mon malheureux père... Oui, il avait demandé...
LE CAPITAINE
Que son domestique Parry ne le quittât plus jusqu'au dernier moment. En effet, Parry fut amené dans cette chambre et ne quitta plus le roi.
EVAN
Comment savez-vous cela ?
l'envers d'une conspiration 233
LE CAPITAINE
Je fus de garde, alors, à la porte du père, comme je le suis aujourd'hui à la porte du fils. Et c'est parce que l'on savait pouvoir compter sur ma vieille fidélité, que j'ai été choisi pour vous arrêter, vous conduire ici, et veiller sur vous jusqu'au moment...
EVAN
Oui... je connais le moment. Alors, je suis bien dans la chambre habitée par Charles 1er ?
LE CAPITAINE
Je l'ai vu plus d'une fois s'asseoir dans ce fauteuil où vous êtes assis. (Evan se relève vivement.) Je l'ai VU plus d'une fois s'agenouiller sur ce prie-Dieu...
EVAN
Ah!... Et qu'étiez-vous du temps du roi Charles !<=''?
LE CAPITAINE
J'étais simple sergent.
EVAN
Et vous êtes capitaine?
LE CAPITAINE
Milord protecteur m'honorait de sa confiance, et, «près lui, M. Lambert a toujours été excellent pour moi. Ne vous étonnez donc pas de ma fidélité à le servir.
EVAN
Non-seulement je ne m'en étonne pas, mais encore je vous en félicite, mon ami ; et moi-même, tenez!... Bon! qu'allais-je dire?... Ainsi, vous connaissez le général Lambert?
LE CAPITAINE
J'ai été six mois attaché à sa personne.
EVAN
Et, pendant ces six mois, vous avez pu pénétrer d; us son intérieur ?
LE CAPITAINE
Familièrement.
EVAN
Donc, vous connaissez sa femme, sa fille... Sa femme, un peu sévère... Mais sa fille, hein?... quelle charmante en faut!
LE CAPITAI\NE.
Mais de qui parlez-vous ?
EVAN
De la femme et de la fille du général Lambert, pardieu !
LE CAPITAINE
Le général Lambert est veuf et n'a jamais eu d'enfants.
EVAN
Hein?
LE CAPITAINE
J'ai l'honneur de dire à Votre Majesté que le général Lambert est veuf et n'a jamais eu d'enfants. CUDDY, en dehors.
Mais laissez-moi donc entrer près de mon maître. Vous savez bien que la permission m'est accordée, n'est-ce pas?
EVAN
C'est Cuddy, je reconnais sa voix. Capitaine, vous avez dit...
LE CAPITAINE
Laissez entrer ce garçon. Votre Majesté n'a pas d'autre désir à exprimer?
EVAN
Non; du moment que le général Lambert est veuf et n'a jamais eu d'enfants...
LE CAPITAINE
Jamais.
EVAN
Alors, c'est bien, capitaine. Vous pouvez vous retirer. (Avec un soupir.) C'était tout ce que je désirais savoir.
(Le Capitaine salue et sort.)