‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 135 sur 138 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, puis MONTROSE, puis CHARLES, puis LA REINE^ EDITH et TOUTE leur suite.

On crie : « Vivo le Roi ! >

MONTROSE, perçant la foule.

Place au roi, messieurs !

EVAN

Comment le roi ici ?

M ONT ROSE

Le roi a voulu, messieurs, que sa première visite fût pour White-Hall, la dernière halte faite par son père entre la terre et le ciel.

(Il remonte et va se placer près des Gardes qui garnissent le fond du théâtre. — Evan et Cuddy se sont un peu efi'accs derrière la cheminée. — Hamilton est pensif de l'autre côté de la cheminée, près de la porte. — Le Roi entre seul; arrivé sur le seuil, il se découvre.)

CHARLES

Salut, chambre funèbre et sacrée où mon père a passé la nuit suprême ; où, enfant, j'ai été conduit pour entendre ses dernières recommandations et recevoir ses derniers baisers. Oui, elle est bien telle que me la rappelaient mes souvenirs. Voici le fauteuil où le martyr était assis, oCi il nous reçut des mains de ma mère, nous plaça, ma sœur et moi, chacun sur un de ses genoux, et où il nous bénit tous deux avec des larmes et des saiiglots... Mon Dieu! permettez que Je n'oublie jamais <;e terrible moment... non pour punir... mais pour pardonner î... (il appuie sa têie sur le dossier du fauteuil et pleure. Puis il la relève lentement.) Voici le prie-Dieu où il s'est agenouillé, quand on est venu lui dire que tout était fini et qu'il était temps de marcher à la mort. Voici la fenêtre, la fenêtre terrible qui a été pour lui la porte de réternité; ses derniers pas ont foulé cette dalle de marbre, (il s'agenouille.) Je ferai de «elle dalle de marbre la table sainte d'un autel.

(Il baise la dalle et se relève.) MONTUOSE.

La reine !

(Deux Pages entrent et se placent de chaque côté de la porte, puis la Reine paraît. Edith et les Dames d'honneur se rangent à droite.)

EVAN

Ah ! c'était la reine !

CHAULES.

Entrez, messieurs !

(Entrent Voghan, lord Greenvillc et autres Partisans.)

l'envers d*une conspiration

EVAN

Pardon, sire : s'il est permis à ces messieurs d'entrer, nous fst-il permis de sorlir, à nous ?

CHARLES

Qui donc êtes-vous ?

(Evan va pour répondre. Hamilton l'écarle du geste après avoir salué

Charles II.)

HAMILTON

Sire, je suis le colonel George Hamilton. (Edith fait un geste suppliant à la Reine. — Celle-ci semble la rassurer.) J'ai combattu contre vous en 1651. Depuis ce temps, je suis resté fidèle soldat de milord protecteur et du général Lambert... et je viens de m'opposer de tout mon pouvoir à votre retour en Angleterre et à votre rentrée à Londres.

EDITH, à voix basse et s'adressant au Roi et a la Reine. Oh ! sire!...

CHARLES

Vous vous trompez, milord, vous n'êtes rien de tout cela. Vous êtes le frère de miss Edith Hamilton, la fidèle amie de la reine, à laquelle je dois la meilleure part du trône sur lequel je vais m'asseoir, et dont je vous offre d'être un des soutiens.

HAMILTON

Merci, sire !

(Il va pour se retirer.)

CHARLES

Vous refusez ma faveur, vous refusez mon amitié... vous refusez ma main!

HAMILTON, après un temps de silence, s'incliue respectueusement et baise la main du roi; puis, d'une voix émue.

Dieu vous garde, sire !

(Il sort.)

CHARLES

Messieurs, saluez cet homme ! Vous n'en verrez pas beaucoup qui en fassent autant que lui.

(Evan va pour suivre Hamilton.)

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