SCÈNE III MALATESTA, puis ANIELLO
MALATESTA
A sa toilette !... Bien; j'aurai le temps de causer avec ce drôle d'Aniello. Placé par moi dans la valetaille de la marquise, je crois qu'il oublie la mission dont il est chargé céans, et qu'il néglige mes intérêts.
ANIELLO, levant le tapis d'une table chargée de livres et de babioles de
luxe.
Non, Excellence, ils sont en honnes mains...
MALATESTA
Ah! ah î sous cette table?...
ANIELLO, sans se lever.
On est à merveille ici, pour voir et pour ^"tendre...
MALATESTA
Que se passe-t-il de nouveau dans ce palais?... Il y avait des chants, une sérénade tout à l'heure...
ANIELLO, se levant et désignant le fond. C'était là... au dehors, sur la placo de Toledo... La Sircna, avec son cortège de musiciens et d'amoureux, qui se rendait à sa villa de Novello...
MALATESTA, avec impatience.
Voyons, voyons, parle-moi plutôt de la marquise de Villa- Bianca... Tu connais mon amour, ma passion...
ANIELLO
Pour ses deux cent mille ducats de rente...
MALATESTA
Non! pour sa personne... à laquelle l'opulence ne nuit pas... La perte de trois épouses m'a livré à bien des pleurs, et il est temps qu'un nouvel hymen les essuie...
ANIELLO
Eh bien, je sais quelqu'un qui est épris comme vous...
De la marquise?... Qui cela?...
ANIELLO
Le chevalier Gennaro d'Albani. Il est vrai que c'est seulement quand il n'a pas le sou dans sa poche.
MALATESTA
Crois-tu donc que c'est bien sérieusement que le chevalier fait la cour à la marquise?
ANIELLO
C'est toujours sérieusement, Excellence, qu'un gentilhomme de vingt-cinq ans fait la cour à une femme de soixante.
MALATESTA
Mais la marquise n'aura ses deux cent mille ducats de rente que si elle gagne son procès...
ANIELLO
Avec l'appui de Votre excellence, elle ne peut faire autrement que de le gagner.
MALATESTA
C'est ce que j'ai laissé entendre à la noble dame, afin qu'elle accueillît mes amoureux soupirs... et je soupire avec une grâce, une élégance!... Je suis très-adroit auprès des femmes, je suis même très-dangereux...
ANIELLO
Prenez garde au chevalier !
Nous veillerons sur lui... Tu sais que j'ai l'œil perspicace
ÀINIELLO, se souvenant.
Ah!
MAIATESTA.
Quoi ?
ANIELLO
La marquise a envoyé chercher, hier, par sa caniériste...
MALATESTA, vivement.
Qui cela?...
ANIELIO.
Cette petite Cypriote qui dit la bonne aventure...
MALATESTA
Lilla?... (Se frottant les mains.) A merveille!... Comme chel suprême de la police de Palerme, Lilla me redoute, Lilla m'est toute dévouée... Je lui ai fourni des renseignements... Et pourvu que la marquise croie à la science de la devineresse...
ANIELLO
Elle y croira... Oh! Lilla n'a que des fanatiques... (Écoutant. Chut!... Voici la marquise...
MALATESTA
Sauve-toi vite! et veille à mes intérêts.
ANIELLO
Oui, monseigneur.
MALATESTA, à lui-même.
Ah ! ma riche douairière, il faut que vous me nommiez votre vainqueur!
(Aniello disparaît.)