GENNARO, LA MARQUISE
GENNARO, avec impatience.
Maintenant, madame, veuillez me répondre: suis-je prison nier ici?...
LA MARQUISE, allant s'asseoir sur un banc, et se débarrassant d'une coiffe et de sa mante de moire, qu'elle laisse sur le siège. Écoutez-moi, mon cher chevalier...
GENNARO
Je vous écoute...
LA MARQUISE
Ne croyez pas que j'aie pris au sérieux les compliments que vous avez bien voulu m'adresser; mais il faut, vraiment, faire aussi quelque chose pour le monde... Voyons, chevalier, toute femme, jeune ou vieille, a son orgeuil ; faites quelque chose pour le mien : accordez moi huit jours, et je vous rends le reste de votre existence...
GENNARO
Madame, mes amis m'attendent; il faut que j'aille les rejoindre ; il faut que je sorte avec eux !...
LA MARQUISE
Huit jours sont bientôt passés, chevalier... Accordez-moi ces huit jours...
GENNARO
Impossible, madame !
LA MARQUISE, se lerant.
Prenez-garde! si vous ne voulez pas les douuer, voua m'obligerez à les prendre.
GENNARO
Comment?...
LA MARQUISE
Vous l'avez dit, vous êtes mon prisonnier. GENNARO, s'animant.
Madame, vous engagez avec moi une dangereuse partie!... 11 n'y a pas de murs si élevés, il n'y a pas de grille si forte qui puissent me retenir là où ma volonté n'est pas de rester...
LA MARQUISE
Je vous remercie de me prévenir, monsieur...
GENNARO
Ainsi, vous acceptez la guerre?...
LA MARQUISE
La guerre î... et nous verrons à qui restera la vicîoire.
GENNARO, avec colère.
Madame, songez-y bien, je pourrais dire ici: je veux et j'ordonne !...
LA MARQUISE, avec une grande dignité.
Ah! j'espère, monsieur, que vous n'oublierez pas que votre adversaire est une femme... et que cette femme est la vôtre!...
(Elle fait une profonde révérence et sort par la droite.,^