‹ Théatre [sic] complet de Alex. Dumas (volume 5)Chapitre 60 sur 138 · LA M A H QUI SE · texte numérisé non relu

LA M A H QUI SE

Voyons!..^ vous m'avez tout à l'heure Dit qui vous étiez... Maintenant, Dites-moi qui je suis. Quelle est cette demeure?... GENNARO, à lui-même.

Bien!... de plus en plus surprenant!...

N'importe, faisons à sa guise...

, (Haut.) Ce palais, madame, est à vous!..,

LA MARQUISE

Bon!

GENNARO

Vous êtes riche et marquise!

Je suis votre troisième époux...

Très-bien!... Continuez; quel âge Ai-je? Répondez sur l'honneur...

Mais pas de galant badinage, '

GENNARO

Vous avez soixante ans...

LA MARQUISE

Menteur!...

GENNARO

Mais, par bonheur, une sorcière.

Dont je me souviendrai longtemps, D'élixir vous fit boire un verre, Et vous n'avez plus que vingt ans!...

ENSEMBLE

LA MARQUISE, avec joie.

Oui, je me sens vivre...

Je n'ai que vingt ans!

oCt air qui m'enivre, C'est l'air du printemps!

GENNARO, avec amour.

Son regard m'enivre; Ah! quels traits charmants!...

Elle sent revivre Son cœur de vingt an»!...

GENNARO

Voyez ce portrait que vous-même M'avez hier donné...

LA MARQUISE, regardant le médaillon.

Vraiment...

GENNARO

C'est vous !

LA MARQUISE*

Habile stratagème!.,,

GENNARO

Je vous jure qu'il est...

LA MARQUISE

Charmant!

Mais êtes-vous certain, messire, Que je ressemble à ce portrait?

GENNARO

Si j'en suis certain? C'est-à-iUre Que c'est vousf...

LA MARQUISE

Moi?

GENNARO

Vous, trait pour Irait...

D'ailleurs, si vous doutez, marquise, De votre beauté reconquise, Par vous-même vous pouvez voir...

(Il lai présente une petite glace de Venise, qu'il a prise sur la table à droite.)

LA MARQUISE, se mirant.

Oh! l'adorable créature!...

GENNARO

Eh bien ?

LA MAIIQUISE.

Je n'oublîrai jamais, je vous le jure.

Que c'est vous qui m'avez présenté ce miroir!

ENSEMBLE

LA MARQUISE

Je me sens revivre !

Je n'ai que vingt ans!

Cet air qui m'enivre, C'est l'air du printemps!

GENNARO, avec transport.

Son regard m'enivre ; Ah! quels traits charmants!

Elle sent revivre Son cœur do vingt ans!

LE ROMAN D'ELVIRE lOl)

GENNARO

Oh! que VOUS allez être enviée, madame! jeune, riche, belle!...

LA MARQUISE, vivement.

Et libre! libre!...

GENNARO

Ah! libre... Pardon, pardon...

LA MARQUISE

Comment! je ne suis pas libre?...

GENNARO

Dame! pas tout à fait... puisque vous êtes mariée...

3Iariée!... En effet, vous me l'avez dit... (Avec frayeur.) Ah! mon Dieu!...

GENNARO

Pourquoi cet effroi, madame?...

LA MARQUISE

Si j'allais être la femme de quelque mauvais sujet...

GENNARO

Allons, allons, la mémoire commence à vous revenir!.,.

LA MARQUISE

Mon mari se nomme?...

GENNARO

Le chevalier Gennaro d'Albani...

LA MARQUISE

Gennaro d'Albani!... Quel âge?...

GENNARO

Vingt-cinq ans.

LA MARQUISE

Et il est...?

GENNARO

Gentil, très-gentil. „

LA MARQUISE

De l'esprit?

Il vous en donnera la prouve, madame, en ne faisant pas lui-même son éloge...

LA MARQUISE

Vous ! vous ! ;.\vec un soupir d<î regret.) Ah!... a!i!.,. " XXll. 7

GENNARO, piqué.

Madame! madame! voilà àes ali ! vraiment incroyables... Mais cet homme dont le nom ne vous rappelle aucun souvcr» nir, cet homme que vous croyez voir pour la première fois, ce Gennaro d'Albani, enfin. ..vous aviez le m.nivais goût de le trouver fort à votre gré, quand vous aviez soixante ans..»

LA MARQUISE

ïn vieillissant, la vue baisse...

GENNARO

Vous en étiez fort jalouse... Si bien jalouse, que, de peur que je n*aille faire la cour à une autre femme, à la Sirena, vous m'avez refusé la clef de la petite porte du parc... Oui, oui, celle que vous avez là, tenez, à la ceinture... Et cela, madame, si fort et si ferine, que, cédant aux avis d'une bohémienne, j'ai consenti à ce qu'elle vous fît prendre un narcotique... Heureusement, elle s'est trompée et vous a donné un élixir de jeunesse.

LA MARQUISE

Je ne lui en veux pas...

GENNAIIO.

Ni moi non plus... Doutez-vous encore?... (Prenant la mantille

et la coiffe que la vielle Marquise a laissées sur le banc.) Regardez ces

habits; ils n'ont point rajeuiii comme vous : il sont du siècle passé...

LA MARQUISE, regardant les habits.

Oh! quelle vieillerie! quelle anliquaille!... Je portais cela, moi?... Que ces vêtements disparaissent!... qu'ils aillent avec les jours écoulés!... dans l'abîme!..,

(Elle court à la balustrade au fond et jette la mantille et la coiffe dans

le précipice.)

GENNARO, la suivant des yeux. ■]

Oui, les vieux ans dans l'abîme!... (Regardant la jenne femme "

avec passion.) A moi tant de jeunesse, de beauté!... C'est vous

que j'aime... C'est vous que j'aimerai toute la vie... C'est

vous, enfin, que je ne veux plus quiiiir d'un seul intant...

LA MARQUISE

Comment! toujours avec moi ?

GENNARO

Oui, toujours!...

LA MARQUISE

Ch ! quelle fidélité chagrin lute !..,

LE ROMAN D'ELVIJIE Uj

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