SCÈNE XIII
GENNARO, LA MARQUISE. Elle a vingt ans; elle s'élance radieuse ot ' transportée.
GENNARO
Que vois-je? Il y a miracle! il y a magie! LA MARQUISE, folle de joie.
STANCES
Est-ce un doux mensonge^, Un rêve réel, Un merveilleux songe.
Un rayon du ciel?...
Je me sens revivre!
Je n'ai que vingt ansi Cet air qui m'enivre, C'est l'air du printemps!
Ah! quel doux prestiget Quel monde nouveau!
Où suis-je et que suis-je, Sous ce ciel si beau?
Suis-je rhirondelle Qui vole, effleurant Du bout de son aile Le lac transparent ?
La joyeuse abeille Qui, dès le malin, Sur la fleur vermeille.
Cherche son butin?
L'oiseau qui voltige Sur un frais rameau, Sans courber la tige Du frêle arbrisseau?...
Ou bien, fleur qui vole.
Papillon d'azur, Baisant la corolle Du lis blanc et pur?...
Tout me plaît, m'enflamme!,..
Magique réveil, Qui verse en mon âme Joie, amour, soleil!...
Mais non., celte ivresse Qui brûle mes sens, Ce feu qui m'oppresse, Ces désirs naissants...
Sont un sûr indice :
Je suis un lutin.
Enfant du caprice...
Une femme, enfin I...
Je me sens revivre I Je n'ai que vingt ans!
Cet air qui m'enivre, C'est l'air du printemps^
(Elle va caeillir des fleurs, dont clic respire avec ivresse le parftun.)
DUO
GENNARO, la regardant en extase.
Oh! non! je ne dors pas, je veiiîe...
Voilà son regard, ses accents!
Mais c'est, incroyable merveille, L'hiver qui se change en printemps!.,,
(S'approchant, avec amour.) Bel ange!
Hein?...
Pardonnez, marquise..»
LA MARQUISE
Qu'êtes- VOUS?... Que me voulez-vous?..,
GENNARO
Qui je suis?
LA MARQUISE
Oui...
GENNARO
Faut- il que je le dise?.,, LA MARQUISE.
Sans doute...
GENNARO
Je suis votre époux !...
LA MARQUISE
Mon e'poux, vous? La bonne histoire ., J'en rirai longtemps, sur ma foi!...
GENNARO
Quoi ! vous ne voulez pas me croire?... Mais c'est moi, marquise, c'est moil...
(A part.)
A-t-elle, avecles ans, perdu toute mémoire?,,,
LÀ MARQUISE
Qui, vous?
Moi, Gennaro !
LA MARQUISE
Je ne vous connais pasC
CENNARO.
Marquisel...
LA. MARQUISE
Laissez-moi...
GE-NNÂRO.
Je m'attache à vos pas!...