SCÈNE III GENNARO, ASCANIO, LA MARQUISE
GENNÂRO, courant à la Marquise, avec passion. Enfin, madame, c'est vous!... je vous revois !...
ASCANIO
Ce n'est pas sans peine... C'est inouï, ce qu'il a fallu de démarches...
LA MARQUISE
Nous avons été obligés d'aller à Palerme...
GENNARO
Nous ! qui nous?
LA MARQUISE
Le seigneur Ascanio et moi...
GENNARO
Comriif^nt! sans mon aveu, avec ma femme?... Ahl mai» dis-moi...
LA MARQUISE
Oh! ne grondez pas le seigneur Ascanio... Remerciez-le, au contraire, c'est un de vos fidèles... et, la preuve, c'est qu'il s'est rendu au palais du vice-roi pour intercéder en votre faveur.
Ah! vraiment... (vivement.) Eli bien, Son Altesse me connaît, elle me rend justice, et elle pense bien...
ASCANIO
Eh ! que veux-tu qu'elle pense, Son Altesse ?... Tu épouses une vieille femme qui disparaît dès que tu as ouvert ses coffres-forts... Dame, cher ami...
GENNARO, indigné.
Mais c'est infâme!... Ce mariage ne m'était jamais venu à l'idée, à moi... à moi qui ai refusé une des plus riches et des plus jolies femmes de Venise.
LA MARQUISE
Seigneur Gennaro, si j'ai un conseil à vous donner, c'est de renoncer à ce dangereux système de défense...
ASCANIO, riant.
Que voulez-vous ! il est comme Roland, très-sage sur toutes choses, mais perdant l'esprit au seul nom d'Angélique... Aussi, c'est un moyen de justification que j'ai employé près du vice-roi.
GENNARO
Lequel?...
ASCANIO
Celui de l'aliénation mentale...
GENNARO
Comment ! tu as dit...?
LA MARQUISE
Dans votre intérêt, oui...
GENNARO, avec impatience.
Voyons, qu'a ordonné le vice-roi.^...
ASCANIO
Oh! il a été fort bien.
LA MARQUISE
Charmant!...
ASCANIO
C'est une justice à lui rendre... « Du moment que le che-
valier a perdu la raison, nous ne le condamnons qu'à une prison perpétuelle. »
GENNARO
A une prison perpétuelle !... Moi, captif?... vous, libre?... moi, séparé de vous?... Mais c'est être mort de mon vivant...
ASCANIO
Dame, à peu près... Ce qui fait que ta succession est ouverte... Allons, mon petit chevalier, fais convenablement les choses; dispose de ce qui te reste, et n'oublie pas ton cher Ascanio... Tu sais que je raffole de Bab-Ali, ton cheval arabe; en prison, il te devient inutile... Ahî tu as aussi ta petite maison de Montréal... charmante et mystérieuse retraite...
GENNARO
Eh bien i»...
ASCANIO
Eh bien, il me sera doux de les posséder... en mémoire de toi.**