‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 12 sur 175 · II · texte numérisé non relu

II

Eh hien, tu dis vrai, citoyen représentant.

GASPARIN

Si j'étais le maître, je te chargerais de diriger tous les travaux... Je l'ai demandé; mais le général en chef et mes deux collègues s'y sont opposés ; ils tiennent à leur plan cT attaque.

BONAPARTE

Ils ont tort.

GASPARIN

Écoute. Il y a déjà six jours que j'ai écrit au comité. Je demande le remplacement de Car taux par Dugommier.

BONAPARTE

A. la bonne heure ! avec celui-là, nous nous entendrons.

GASPARIN

Je l'attends de moment en moment. Mais ils ont décidé pour cette nuit l'attaque des forts Faron et Lartigues.

BONAPARTE

Nous y serons tous écrasés.

GASPARIN

Oses-tu prendre sur toi une grande responsabilité?

BONAPARTE

Je ne crains rien.

GASPARIN

Tu commandes l'artillerie ; oppose-toi à ce qu'aucune pièce sorte de cette batterie. Gagne du temps. Dugommier arrivera; ton plan sera adopté. Je le crois bon. S'il réussit, tu es général de brigade; s'il manque, ta tète tombe sur l'échafaud.

Pas une pièce d'artillerie ne bougera de place , je prends t )ut sur moi.

GASPARIN

Mais réponds-tu de tes hommes ?

BONAPARTE

Vois-tu cette batterie ? depuis qu'elle est dressée ici, deux cents artilleurs ont été tués sur leurs canons. Pas un seul n'y voulait faire le service; il y a une heure que j'y ai fait mettre cet écriteau : Batterie des hommes sans peur, — Junot I JUNOT, s'avançant.

Citoyen commandant?

NAPOLEON BONAPARTE Zi

BONAPARTE

Combien d'hommes se sont fait inscrire -pour cette batterie ?

JUNOT

Quatre cents environ.

BONAPARTE, à Gasparin.

Tu vois si l'on peut compter sur ces hommes-là...

GASPARIN

Surtout commandés par toi. — Adieu; et n'oublie pas que je suis le premier qui ait deviné et reconnu en toi le génie militaire.

BONAPARTE

Ton nom ?

GASPARIN

Gaspariii.

EONAPARTE.

Je ne l'oublierai pas, fussé-je sur mon lit de mort.

GASPARIN

Adieu, et vive la République !

BONAPARTE

Vive la République î Adieu. (Après qu'il est parti.) Junot, as-tu reçu quelque éducation?

JUNOT

Pas trop, mon commandant... Je sais lire, écrire, un peu de mathématiques... Quant au latin et au grec...

BONAPARTE

C'est inutile pour lire Vauban, Folard et Montecuculli... Nous avons une bonne traduction de Polybe et des Commenjs de César: c'est tout ce qu'il faut.

ju:;ot.

Onant à ma famille...

BONAPARTE

Je ne m'informe jamais de cela... Je te demande ; veux-tu être bon Fiançais avec moi? Voilà tout.

JUNOT

Oui, mon commandant.

BONAPARTE

Je ne sais si je deviendrai autre chose que commandant d'artillerie... A tout hasard, veux-tu être mon secrétaire?

JUNOT

Je le veux bien.

BONAPARTE

Eli bien, va dire à Muiron, qui est ton capitaine, je crois, que je te demande à lui ; puis tu reviendras.

(Junot sort.')

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