‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 11 sur 175 · LE SERGENT · texte numérisé non relu

LE SERGENT

Le voici.

l'espion.

Donne.

11 se bande les yeux.)

LE SERGENT, le prenant par la main et le conduisant au fond du théâtre. A genoux.

L'ESPION, relevant son bandeau.

Laissez-moi voir encore une fois le ciel... — C'est bien. Je suis prêt.

(A un premier roulement de tambour, les Soldais s'alignent; à un second roulement, ils apprêtent leurs armes ; au troisième, ils mettent en joue.)

BONAPARTE, se levant, et d'une v x forte* Arme au bras! (il fait un geste de la main.) Allez... (Les Sol. s sortent. — Courant à l'Espion et loi arrachant le bandeau.) Viens ici . Ta

mort me serait inutile, et j'ai besoin de ta vie. Tu es brave.

— Eh bien, qu'as-tu ?

l'espion.

Rien... Attendez... Un éblouissement. Mes genoux fléchissent. — Laissez-moi m'asseoir.

BONAPARTE

Tu es brave. — Ta vie touchait par un mot à l'éternité. Je

n'ai pas laissé prononcer ce mot; tu me dois donc les jours qui te restent, le ciel que tu vois, l'air que tu respires... Tout cela m'appartient. Me consacres-tu tout cela? L'ESPION, se levant avec solennnité.

Éternellement! Et je serai ton valet, ton chien, ton espion enfin Eux ne m'ont donné que de l'argent ; toi, tu me donnes la vie.

BONAPARTE

Je te crois. Écoute, et viens ici.

l'espion.

Un instant. Je ne serai qu'à toi, je n'appartiendrai qu'à toi? Tu ne pourras ni me donner ni me vendre?

BONAPARTE

Non.

l'espion.

Si tu faisais l'un ou l'autre, je redeviendrais libre à l'instant?

BONAPARTE

Je t'y autorise.

l'espion.

C'est bien. Parle.

BONAPARTE

Ton laissez passer du général Hood te rouvre les portes de Toulon?.,.

l'espion.

J'y entrerai et j'en sortirai à toute heure.

BONAPARTE

Dans quelle partie de la ville ont été transportées les poudres qui se trouvaient dans ce bâtiment ?

l'espion.

Dans les caves d'une maison de la rue Saint-Roch ou Roch, comme ils l'ont appelée.

BONAFARTE .

Eh bien, retournes-y à l'instant même. Au moyen a'une grenade, il faut mettre le feu à ces poudres.

l'espion.

Bien.

BONAPARTE

Tu attendras le signal. Une fusée tirée d'ici te le donnera, et, pendant que Toulon, réveillé en sursaut comme par un tremblement de terre, aura besoin de sa garnison pour conte-

napoléon Bonaparte 25

nii le peuple, et de son peuple pour éteindre l'incendie, je m'emparerai du Petit-Gibraltar, qui est la clef des portes. — Entends-tu ?

l'espion.

Oui.

BONAPARTE

Es-tu décidé ?

L'ESPION, se disposant à partir.

Je pars. (Revenant.) Le mot d'ordre?...

BONAPARTE, hésitant.

Le mot d'ordre ?

l'espion.

Ne le dis pas, si tu veux, citoyen commandant; mais on tirera sur moi, on me tuera probablement ; et alors qui rentrera dans la ville? qui mettra le feu aux poudres?

BONAPARTE

Tu as raison. D'ailleurs, je ne veux point me confier à toi à demi... Toulon et liberté.

(L'Espion fait nn signe et s'éloigne rapidement.) LA SENTINELLE.

On ne passe pas.

L'ESPION, à demi-YOiï.

Toulon et liberté.

SGÈNB V

BONAPARTE, GASPARIX, pnis JUXOT.

BONAPARTE

Voilà encore un de ces représentants du peuple.

GASPARIN, entrant.

Je te cherchais.

BONAPARTE

Me voici.

GASPARIN

Sais-tu que tu me parais le seul ici qui entc::de (Tuelque chose à un siège ?

BONAPARTE

Dis-tu ce que tu penses ?

GASPARIN

Oui.

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