‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 144 sur 175 · SCENE Iï · texte numérisé non relu

SCENE Iï

tns MÊMES, GUY-RAYMOND, sortant de chez la Comtesse, RAYMOND, à André.

Me voici.

Bonjour.

LES ARCHERS

Bonjour, Raymond.

RAYMOND, à André.

Bonjour, ma rouge trogne.

Es- tu toujours chasseur ?

(André lui montre le daim.)

Es-tu toujours ivrogne ?

(André lui montre la bouteille rida.) Bravo! je ne connais que manants de bas lieu Qui négligent les dons qu'à chaque homme a faits Dieu.

(S'approchant d'Yaqoub. )

Et toi, mon jeune tigre?...

YAQOUB.

Hein!...

RAYMOND

Le voilà qui gronde, Sais-tu bien que sans moi, Sarrasinois immonde, Dans ton désert maudit tu rugirais encor, Et que tu n'aurais pas au cou ce collier d'or, Où tout autre qu'un chien en regardant peut lire: « Yaqoub le Sarrasin appartient à messire Charles de Savoisy, seigneur dé Seignelais. » Ce qui te donne un rang au milieu des valets?... Je t'ai pris au soleil aussi nu qu'un reptile ; C'est à moi que tu dois pain, vêtements, asi'

Esclave; et, si tu l'as oublié, je reviens T'en faire souvenir.

YAQOUB.

C'est bon, je m'en souviens.

ANDRÉ

Allons, viens çà, Raymond, et dis-nous quelque chose Des affaires du temps.

RAYMOND

Vous save2, je suppose, Que Charles-Six est mort, et que le jeune roi S'est vite fait sacrer à Poitiers.

ANDRÉ

Sur ma foi !

L'on ne sait rien au fond de cette forteresse; Cependant tout cela, morbleu ! nous intéresse : Nous sommes Armagnacs et Français; nous portons La croix blanche à l'habit.

RAYMOND

Il paraît, mes moutons, Que votre troupeau va sans savoir qui le mène?... Ah ! messieurs du Berry, Ton se bat dans le Maine, Et vous n'en savez rien ! Eh bien, les curieux Pourront bientôt, je crois, sans sortir de ces lieux, S'ils ouvrent les deux yeux, prêtent les deux oreilles, Du haut de ces créneaux, entendre et voir merveilles ?

UN ARCHER

Eh bien, que verront-ils? qu'est-ce qu'ils entendront?

RAYMOND

Ils verront, comme un mur de fer, venir de front

Trente mille soldats... Satan serre leur gorge!...

Criant, les uns : « Bourgogne ! » et les autres : « Saint George ï *

ANDRÉ

Comment! si près de nous Anglais et Bourguignons! Trente mille, dis-tu ?

RAYMOND

Rien que ça, compagnons; Et, pour leur apporter secours dans la mêlée, La Bretagne, dit-on, vient en grande assemblée.

Ainsi des trois côtés!... Mais Paris?

RAYMOND

Est rendu.

ANDRÉ

Et le comte Bernard, qui le tenait?...

RAYMOND

Pendu.

Henri-Six d'Angleterre est nommé roi de France, Bedford régent.

LES ARCHERS

Enfer!...

RAYMOND

Heureusement, Clarence, Suffolk et milord Gray, tués devant Angers, Prouvent à nos soldats que les cœurs étrangers, Si bien cachés qu'ils soient sous leur armure anglaise, N'y sont point à l'abri d'une lance française. Aussi Bedfort vient-il de signer un traité Avec Philippe et Jean: s'il est exécuté, Si le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne Se joignent à l'Anglais pour tenir la campagne, Vrai-Dieu ! nous n'avons plus qu'à demander merci... A moins que Charles-Sept... — puisse-t-il être ici, Pour entendre le vœu que je forme dans l'àme ! — De sa royale main déployant l'oriflamme, En tête des barons à sa voix reunis, Ne charge en criant haut: « Monrjoie et Saint-Denis! » Car malheur à qui, sourd à ce cri de vaillance, L'entendrait sans lever ou l'épée ou la lance !

ANDRÉ

Pour moi, je sais quelqu'un qui bien tranquillement D'être Anglais ou Français attendra le moment.

RAYMOND

Qui?

.1.NDRÉ, montrant Yaqoub.

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