LUI
RAYMOND, s'aJroisant a Yaqoub C'est vrai ?
YAQCUB.
C'est vrai. Que m'importe, en mon bouge, Armagnac à croix blanche ou Bourgogne à croix rouge ? Que m'importe quel est le faible ou le puissant? Ni Charles ni Henri n'ont de droit sur mon sang. Il faudra bien qu'un jour la France ou l'Angleterre Pour Yaqoub, fils d'Asshan, garde six pieds de terre ; Et. quels que soient, vivants, leurs désirs absolus, Morts, Charles ni Henri n'en obtiendront pas plus.
RAYMOND
À moins que cependant le bourreau ne te mène
Prendre possession de ton dernier domaine ,
Et, comme le tombeau que révère Ismaël,
Ne loge ton squelette à mi-chemin du ciel.
C'est ce que, quelque jour, Dieu permettra peut-être.
À>"DIIÉ.
Et quand as-tu quitté le comte notre maître ?
RAYMOND
Voilà bientôt un mois que du camp de Beaugé Xous partîmes tous deux : lui s'était dirigé Vers la Bretagne; moi, j'ai fait route opposée. D'une commission qui n'était pas aisée J'avais à m'acquitter : pour atteindre Avignon, li fallait, à travers Anglais et Bourguignon, Par la ruse ou le fer, se frayer un passage, Et remettre au saint-père un important message. Je l'ai fait; me voilà ! De son côté, ma foi ! Que le comte à son tour s'en tire comme moi, Et ce ne sera pas malheureux... Bu saint-père J'ai rapporté la lettre en bon état, j'espère ! Regardez : de Benoît voilà le sceau bien net, Avec les clefs, la croix, la crosse et le bonnet... Signez-vous !
(Tous se signent. Du regard, il ordonne à Yaqoub d'en faire autant. Yaqoub croise ses mains sur sa poitrine et incline la tête.)
Toi...
Qu'il soit fait ainsi que vous faites S Jésus et Mahomet sont deux puissants propices.
RAYMOND, à Yaqoub en tirant son poignard. Regarde ce poignard: s'il l'arrivé jamais De mêler ces deux noms, Yaqoub, je te promets Qu'à la première phrase arrêtant ta harangue Ce fer à ton palais ira clouer ta langue.
TOUS, s' approchant de Yaqoub.
Mort au blasphémateur!
YAQOUB, se levant et mettant la main à son cimeterre. N'approchez pas, maudits !
Arrière, par Allah!... Arrière! je vous dis...