SCÈNE ÏII Les Mêmes, l'Huissier, puis l'Espion
l'huissier.
Voici la personne qu'attend le citoyen premier consul.
(L'Espion entre enveloppé d'un manteau. Charles veut se retirer; Bonaparte lui fait signe de rester.)
BONAPARTE, à l'Espion,
Eh bien, qu'y a-t-il de nouveau ?
L'ESPION, montrant Charles.
Nous ne sommes pas seuls.
BONAPARTE
Parlons bas... Que dit-on du couronnement?
l'espion.
C'est le vœu général.
BONAPARTE
Et les jacobins, complotent-ils toujours ?
l'espion.
Vous êtes prévenu contre eux ; ce ne sont point les jacobins ni les républicains qui sont à craindre, ce sont les royalistes.
BONAPARTE
N'importe, ma police est mal faite.
l'espion.
Je le crois.
BONAPARTE
J'ai manqué d'être assassiné hier à Saint-Cloud.
l'espion.
Je le sais.
BONAPARTE
Comment ?
l'espion.
J'y étais.
BONAPARTE
Qui t'y avait envoyé ?
Personne.
Un homme m'a sauvé la vie.
l'espion.
En se jetant entre vous et l'assassin.
BONAPARTE
Et il a reçu le coup.
L'ESPION, ouvrant son manteau et montrant son bras. Dans le bras.
BONAPARTE, après un silence.
Comment ï c'est toi ?
l'espion.
Vous voyez Lien qu'un espion peut être bon à autre chose que faire de la police ; quand ce ne serait qu'à servir de gaîne à un poignard!...
BONAPARTE
Que puis-je faire pour toi ? que veux-tu ?
l'espion.
Pour moi ! et quels sont les titres ou le rang que Ton accorde à un espion ? On lui donne de l'or, et vous ne m'en laissez pas manquer; on lui donne des ordres, et j'attends les vôtres.
BONAPARTE
Eh bien, retourne au milieu du peuple, dont je vais, dans une heure, traverser la foule pour aller à Notre-Dame. Dis que l'empereur Napoléon chérira encore plus ses sujets que le premier consul n'aimait ses concitoyens. Dis... dis enfin tout ce que ton dévouement pour moi t'inspirera. (L'Espion sort.) Que cet homme est bizarre !