‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 50 sur 175 · BU ARTILLEUR · texte numérisé non relu

BU ARTILLEUR

Sire, éloignez-vous.

napoléon.

Ne soyez pas jaloux, mes amis : c'est mon ancien métier.

l'artilleur.

Sire, c'est un véritable ouragan de fer... Éloignez-vous.

NAPOLÉON

Soyez tranquilles, mes enfants ; le boulet qui me tuera n'est ras encore fondu. Ah ! les voilà qui débouchent au delà delà ville! (a un Aide de camp.) Courez, monsieur! Que le général Pajol se porte sur Montereau par la route de Melun. Où donc est le corps du duc de Bell une ? Ah ! je les tiens dans mes deux mains... Je les tiens tous!... Faudra-t-il encore qu'ils me glissent entre les doigts! Bellune! pourquoi n'arrive-t-il pas de l'autre côté de la Seine ?

UN AIDE DE CAMP, accourant.

Sire, il est arrivé trop tard pour passer la Seine à temps ; il était fatigué. Il s'est mis à la poursuite de l'ennemi.

NAPOLÉON

Trop tard!... fatigué! Suis-je fatigué, moi ? Mes soldats sontils fatigués, eux ? Non, nous nous comprenons trop bien pour fatigués. Courez dire au général Château de prendre deux mille hommes de cavalerie et de couper la retraite.

UN AIDE DE CA.MP

Il est tué.

NAPOLÉON

Château tué! C'était un brave. Bellune! Bellune!... Ils ne veulent plus se battre. Ils sont trop riches, tous! Je les ai es de diamants; il leur faut du repos dans leurs terres, clans leurs châteaux ! (a un Aide de camp). Allez dire au général Gérard de prendre le commandement du corps d'armée du général Victor, et à Victor que je lui permets de se retirer dans ses terres... Allez. Que de temps perdu! LES SOLDATS, arrivant.

Vive l'empereur !

NAPOLÉON, regardant avec sa lorgnette.

Qu'est-ce qu'ils font donc ? Comment le général Guyon n'estil pas là avec ses chasseurs et son artillerie ?

UN AIDE DE CAMP

L'ennemi l'a surpris et a enlevé ses pièces.

NAPOLÉON

Ses pièces? il a laissé prendre ses pièces ?— Allons, voilà qu'ils ne tirent plus maintenant !

UN ARTILLEUR, traversant.

Des munitions ! Camarades, avez-vous des munitions ?

NAPOLÉON

Qui t'envoie?

l'artilleur.

Le général Digeon.

NAPOLÉON

Comment, Digeon? Digeon, ce brave, lui aussi, les munitions lui manquent? Comment n'a-t-il pas pris ses précautions? Croit-il que mes batailles soient des escarmouches où l'on tire cinq cents coups de canon ? Lui ! lui ! un de mes meilleurs généraux d'artillerie ! Allez, allez, il est trop tard. Laisser pour la dixième fois s'échapper l'armée ennemie, que pour la dixième fois je tenais à bras-le-corps!. ..(Anne Estafette.) D'où arrives-tu, toi ?

l'estafette.

De la forêt de Fontainebleau.

NAPOLÉON

Aïontbrun la défend toujours, j'espère?...

l'estafette.

Page 1