‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 61 sur 175 · LE DUC DE TARENTE · texte numérisé non relu

LE DUC DE TARENTE

Quelles nouvelles? Qu'y a-t-il, monsieur le duc? Eh bien Paris ?

CAULAINCOURT

Rendu.

LES MARE' CHAUX

Les alliés?...

CAULAINCOURT

Y sont entrés ce matin.

Eh ! messieurs, c'est à moi que le duc de Vicence a affaire, je pense; donnez donc vos ordres. Allez, allez. ( ils sortent.] Qu'y a-t-il, Caulaincourt ? Voyons, parlez...

CAULAINCOURT

Sire, le Sénat a proclamé la déchéance.,.

NAPOLÉON

De qui ?

CAULAINCOURT

De l'empereur Napoléon...

NAPOLÉON

31a déchéance, à moi? le Sénat?... Ah! les malheureux î Avez-vous vu les souverains alliés?

CAULAINCOURT

Tous...

Et Alexandre ?

Oui.

NAPOLEON

CAULAINCOURT

NAPOLEON

Eh bien, que disent-ils, eux? Quelles sont les conditions :m'on m'impose ? Parlez vite... Ne voyez-vous pas que je brûle?

CAULAINCOURT

Il y a un parti violent pour les Bourbons...

Les Bourbons ! les Bourbons ! C'est moi qui suis l'empereur. Ils m'ont tous reconnu comme tel, ils m'ont appelé leur frère... Les Bourbons! c'est impossible.

CAULAINCOURT

Sire, il n'y a peut-être qu'un moyen de conserver le trône dans la famille de Votre Majesté : c'est d'abdiquer en faveur iu roi de Rome, avec la régence de l'imnératrice...

NAPOLÉON

Mais, monsieur le duc, j'ai ici quarante mille hommes, l'ennemi vient d'en laisser douze mille dans les fossés d( Paris. Leurs généraux sont dispersés dans les hôtels. En hui jours, je peux faire marcher cent mille hommes sur la ca pitale...

CAULAINCOURT

Sire, on est las de la guerre...

NAPOLÉON

Les Parisiens se réveilleront au bruit de mon canon î...

CAULAINCOURT

Sire, des cris de Vive le roi! vivent les Bourbons ! ont été proférés hier dans les rues; beaucoup de fenêtres étaient pavoisées de drapeaux blancs. Sire, au nom du ciel... il m'en coûte... sire, abdiquez en faveur du roi de Rome...

NAPOLÉON

Eh! que diraient mes vieux généraux?... (Se tournant vers k fond.) Maréchaux, entrez, entrez tous... Où est Raguse ?

UN MARÉCHAL

A l'avant-garde...

NAPOLÉON

Savez-vous ce qu'on me propose ? Une abdication en faveur du roi de Rome...

LE MARÉCHAL

Et croyez-vous que les souverains alliés s'en contentent?

NAPOLÉON

S'en contentent?

Alors, sire...

Eh bien?...

LE MARECHAL

NAPOLÉON

LE MARECHAL

Il faut abdiquer, puisque le roi de Rome peut être reconnu. S'ils ne reconnaissaient pas le roi de Rome, nous vous dirions: Sire, nous sommes prêts à marcher...

NAPOLÉON

Ah! c'est votre avis aussi, à vous. Vous voulez du iepos : Ayez-en donc. Ah ! vous ne savez pas combien de chagrins e* d' dangers vous attendent sur vos lits de duvet!... Quelques années de cette paix que vous alk-z payer si cher en moissonneront un plus grand nombre que la guerre la plus désespé- II. 6

rée. Allons... (il écrit.) « Les puissances ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la vie pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l'impératrice, et du maintien des lois de l'empire... Fait en notre palais de Fontainebleau, le o avril 1814. Napoléon. » — Tenez, messieurs; c'est bien ma signature! vous devez la reconnaître : elle est sur tous vos brevets de maréchaux et sur toutes vos dotation; de princes... Partez, monsieur le duc, et portez-leur ce chiffon. C'est la spoliation d'un beau trône. Oh ! si j'avais fait comme eux quand ils étaient comme moi !... Allez, messieurs, et laissez-moi seul, (a Cauiaiocourt.) ïarente et Trévise vous accompagneront.

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