‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 62 sur 175 · scène ii · texte numérisé non relu

scène ii

NAPOLÉON, puis CAULAINCOURT, GOURGAUD, on Secrétaire,

un Huissier.

NAPOLÉON, prenant un médaillon.

Ah! mon fils, mon enfant ! pour toi, tout pour toi... Oui je puis tout subir, tout supporter. Ces hommes que j'ai tirés à moi,... que j'ai dorés sur toutes les coutures! Il n'y a que mes soldats qui me soient restés fidèles et dévoués... Il faut que je les remercie, (n appelle.) Monsieur le secrétaire...

LE SECRÉTAIRE, entrant

Sire?

NAPOLÉON

Écrivez : « L'empereur remereie l'armée pour l'attachement qu'elle lui témoigne ; parce qu'elle reconnaît que la France est en lui, et non dans cet amas de pierres, de rues et de boue qu'on appelle la capitale. Le Sénat s'est permis de disposer du gouvernement français ; il a oublié qu'il doit à l'empereur le pouvoir dont il abuse maintenant. Aussi longtemps que la fortune lui est restée fidèle, le Sénat l'a été. Si l'empereur avait méprisé ces hommes comme on le lui a reproché alors, le monde

Qnaîtrait aujourd'hui qu'il a eu des raisons qui moti- .11 tenait sa dignité de la 1 la nation

seule pouvait l'en priver. 11 a toujours... » (An duc de vicencentre.) Qu'y a-t-il, Vicence? et pourquoi n'étes-vous point p;

CAl'LAIXCOURT.

J'ai an courrier au moment où j'allais monter

en voiture, et il m'a remis cette nouvel .. Lisez...

NAPOLÉON

.h! une formule d'abdication toute faite pour moi... et pour mon fils:... Abdiquer pour mon fils? Jamais...

CAULAINCOURT

Sire, Louis XVIÎ1 a été proclamé roi.

NAPOLÉON

Qu : n'avez-vous pas entendu tout à l'heure mes

maréchaux me dire que, si l'on exigeait que j'abdiquasse pour mon fils, ils seraient prêts à marcher sur Paris ? Ah ! s'il sont insensibles aux affronts qu'on fait à leur empereur, il vengeront du moins leur vieux camarade. Duc, appelez-les. Dans six heures, nous serons devant Paris.

CAL'LAIXCOURT.

Il n'y a personne dans l'antichambre.

NAPOLÉON

Dites à l'huissier de les appeler...

CAULAINCOURT, à un Huissier.

Santini, appelez les maréchaux... Comment! ils n'y sont plus?

NAPOLÉON, se retournant.

Que dit-il ? Cet homme se trompe... Je demande mes maréchaux.

ttmt Sire, ils sont montés à cheval tout à l'heure, et sont partis les uns après les autres.

OLÉON.

Pour aller où ?

SANTINI

Ils ont pris la route de Paris.

NAPOLÉON, après an silence.

Oh! je suis donc bien méchant !

CAl'LAIXCOURT.

Vous le voyez, sire ; eux aussi vous abandonnent.

NAPOLÉON

Que m'importe î II me reste Raguse: Raguse et moi -ifflirons à notre armée, et notre armée nous suffira, monsieur le duc...

GOURGAUD, entrant.

Sire, sire, toute la route de Fontainebleau est découvei le duc de Raguse est passé à l'ennemi avec les dix mille hommes qu'il commandait.

NAPOLÉON

Et lui aussi ! l'ingrat Piaguse ! l'enfant que j'avais élevé sous ma tente; lui à qui je disais de veiller quand je dormais; lui un trahisseur! Oh! il sera plus malheureux que moi... Laissez-moi seul, messieurs.

CAULÀINCOURT.

Sire...

NAPOLÉON

Laissez-moi seul, je vous en prie.

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