LE GÉNÉRAL PE
Soldats, à vos armes*
LES SOLDATS
L'empereur! l'empereur! l'empereur!
(Napoléon paraît au fond, sur le grand escalier.) LES SOLDATS.
Vive l'empereur : à Paris ! à Paris !
(Napoléon fait nn signe de la main.) LES SOLDATS.
Chut ! silence! il va parler.
NAPOLÉON
Soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés constamment dans le chemin de l'honneur et de la gloire; dans ces derniers temps comme dans ceux de notre prospérité, vous n'avez cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n'était pas perdue, mais la guerre était interminable : c'eût été la guerre civile, et la France n'en serait devenue que plus malheureuse. J'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie. Je pars. Vous, mes amis, continuez de servir la France. Son bonheur était mon unique pensée : il sera toujours l'objet de mes vœux! Ne plaignez pas mon sort; si j'ai consenti à me survivre, c'est pour servir encore à votre gloire. Je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble ! Adieu, mes enfants. Je voudrais vous presser tous sur mon cœur; que j'embrasse au moins votre drapeau... (Le général Petit saisit l'aigle et la présente à Napoléon, qui l'embrasse.) Adieu, encore une fois, mes vieux compagnons! que ce baiser passe dans vos cœurs !