SCÈNE UNIQUE
NAPOLÉON, BERTRAND, LORRAIN, un Secrétaire, deux Capitaines de vaisseau, Matelots,
napoléon.
Monsieur le grand maréchal î
BERTRAND
Sire...
Je vous ai remis, avant de partir de l'île d'Elbe, un paquet cacheté.
BERTRAND
Le voici.
NAPOLÉON
11 contient deux proclamations que j'ai rédigées d'avance. Mettez-vous à cette table avec mon secrétaire, et faites-en des copies...
(Le Secrétaire et Bertrand s'asseyent.)
LORRAIN, passant sa tèle par une écoutille.
Pardon, sire; excuse, sire... ce n'est que pour deux mois.
NAPOLÉON
Parle, mon brave.
LORRAIN
Voyez-vous, sire, nous sommes quatre cents dans l'entrepont, où on ne peut tenir que cent cinquante; ça fait que nous sommes un peu gênés...
NAPOLEON
Du courage, mes braves ; la traversée ne sera pas longue maintenant.
LORRAIN
Quand je dis un peu, c'est une manière de parler : nous sommes gênés beaucoup... Je leur ai bien donné un moyen: c' : de se coucher les uns dessous et les autres en travers; mais c'est à qui ne voudra pas être dessous...
Eh bien ?
LORRAIN
Eh bien, ils demandent à prendre un petit peu d'air sur le pont, parce qu'ils étouffent... Oh! ma parole d'honneur, c'est qu'on étouffe là dedans... Tenez, en voilà qui sont plus pressés que les autres et qui passent leur tête.
NAPOLÉON, à part.
Pauvres gens!... (Haut.) Mes amis, il est important qu'on prenne ce navire pour un bâtiment marchand, et cela serait impossible si vous étiez tous sur le pont; mais que la moitié de vous sorte quelques instants, et l'autre moitié lui
succédera.
TOUS
Vive l'empereur !
(Ils sortent.)
UN MATELOT, dans les haubans.
Une voile ! une voile !
NAPOLÉON
Vient-elle sur nous ?
LE MATELOT
Droit vent arrière.
NAPOLÉON
Quelle est-elle ?
LE MATELOT
Brick.
NAPOLÉON
Armé en guerre ?
Oui.
Quel pavillon?
Français.
Le reconnais-tu ?
LE MATELOT
NAPOLÉON
LE MATELOT
NAPOLÉON
LE MATELOT
C'est le Zéphyr, capitaine Andrieux.
NAPOLÉON
Canonniers, à vos pièces! (Aux Soldats. ) Tous sur le pont! que chacun se couche avec son fusil à côté de lui et se tienne prêt. S'il ne nous attaque pas, nous le laisserons passer, enfants; s'il nous attaque, nous le prendrons... Ah! ah ! on l'aperçoit. Vrai-Dieu ! il vient à nous comme un cheval de course... Trente-six bouches à feu ! et nous n'en avons que vingt-quatre... Capitaine, qu'en dites-vous?