‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 80 sur 175 · LE CAPITAINE DE L'INCONSTANT · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE DE L'INCONSTANT

Votre Majesté commande ici.

Allons, me voilà officier de marine : soit. Donnez-moi votre porte-voix... Silence, enfants! le voilà qui nous parle. (On aperçoit le brick le Zéphyr qui croise l'Inconstant. Le Capitaine est sur le pont avec un porte-voix.)

LE CAPITAINE DU ZÉPHYR

Hé ! pour quel port faites-vous voile ?

NAPOLÉON

Golfe Juan.

LE CAPITAINE DU ZÉPHYR

D'où venez-vous?

NAPOLÉON

Ile d'Elbe.

LE CAPITAINE DU ZÉPHYR

Comment se porte l'empereur ?

NAPOLÉON

Bien.

LE CAPITAINE DU ZÉPHYR

Bon voyage !

5APOLEON, rendant avectranquiïlitéleporte-voix au Capitaine de l'Inconstant' Merci. —Eh bien, monsieur le grand maréchal, où en étesvous de votre proclamation ?

BERTRAHD.

Sire, il est impossible de la lire.

Donnez. ( Essayant de lire. ) Maudite écriture ! (Froissant le papier dans sa main et le jetant à la mer. ) Ecrivez :

Proclamation de Sa Majesté l'empereur à V armée.

< An golfe Juan, 1er mars 18i5.

» Napoléon, par les constitutions de l'Empire, empereur des Français, roi d'Italie.

» Soldats,

» Nous n'avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur pays, leur bienfaiteur.

» Soldats, dans mon exil, j'ai entendu votre voix; je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périls. Votre général, appelé au trône par le choix du peuple et élevé sur votre pavois, vous est rendu. Venez le joindre. Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingtcinq ans. ont servi de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore : vous la portiez dans vgs grandes journées. Nous devons oublier que nous avons été les maîtres des nations, mais nous ne devons pas souffrir qu'elles se mêlent de nos affaires.

» Qui prétendrait être maître chez nous? qui en aurait le pouvoir? Reprenez ces aigles que vous aviez à Ulm, à Auster- Jitz, à Iéna, à Eylau, à Friedland, à Tudela, à Eckmûhl, àEssling, à Wagram, à Smolensk, à la Moscova, à Lutzen et à Montmirail. Pensez-vous que cette poignée de Français si arrogants puisse en soutenir la vue ? Ils retourneront d'où ils viennent, et, s'ils le veulent, ils régneront comme ils prétendent avoir régné pendant dix-neuf ans.

» Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef; son existence ne se compose que de la vôtre; son intérêt, son honneur, sa gloire, ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera au pas de charge, et l'aigle impériale aux couleurs nationales volera, de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame.

» Dans votre vieillesse, entourés et considérés de vos concitoyens, ils vous entendront avec respect raconter vos hauts faits; vous pourrez dire avec orgueil : « Et moi aussi, je fai- » sais partie de cette grande armée qui est entrée deux fois » dans les murs de Vienne, dans ceux de Rome, dans ceux de » Berlin, de Madrid, de Moscou, et qui a délivré Paris de la » souillure et de la trahison que la présence de l'ennemi y » avait empreintes. »

» Honneur à ces braves soldats, la gloire de la patrie ; et honte étenuMle aux Français criminels, dans quelque rang que la fortune les ait fait naître, qui combattirent vingt-cinq ans avec l'étranger pour déchirer le sein de la patrie.

» Signé: Napoléon. »

LORRAIN

Si, ma parole d'honneur, c'est bien ! J'en ai les larmes aux yeux, moi!... Et pourtant je n'ai pleuré qu'une fois dans ma vie, quand j'ai quitte ma pauvre mère... Bonne femme! LE MATELOT, dans les haubans.

Terre !

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