SIR HIT. )B LOWE
11 a frappé l'un des soldats anglais qui abattaient les arbres qui sont sur le chemin de Planta tion-House.
LAS CASES
Et pourquoi abattait-on ces arbres?
NAPOLÉON
Pourquoi, mon pauvre Las Cases? pourquoi? Parce que l'empereur Napoléon aimait à se reposer sous leur ombre, qui seule brisait la force de leur soleil du tropique... S'ils pouvaient faire rougir la terre, ils le feraient.
SIR HUDSON LOWE
Le gouvernement ignorait...
NAPOLÉON
Vous ne l'ignoriez pas, vous ! vous qui m'avez vu vingt fois m'y asseoir, sous cette ombre qui me rappelait mes hêtres d'Europe.
SIR HUDSON LOWE
On en plantera d'autres.
NAPOLÉON, se levant.
Malheureux!... Et que voulez-vous faire de Santini?
SIR HUDSON LOWE
Le renvoyer en France.
NAPOLÉON
Oh! je vous le livre alors, et de grand cœur!... Seulement, je demande à lui dire adieu... Vous le fouillerez en sortant... Si c'est tout ce que vous aviez à me dire, allez !
Sir» HUDSON LOWE.
J'ai reçu des ordres de mon :; mvernement pour restreindre la dépense de votre table.
NAPOLÉON
Je ne croyais pas que ce fût possible. Et que m'accordet-on?
SIR HUDSON LOWE
A compter d'aujourd'hui, vous n'aurez qu'une table de quatre personnes; une bouteille de vin par tête, et un dîner prié par semaine.
NAPOLÉON
C'est bien : vous pouvez restreindre encore, et, si j'ai trop faim, j'irai m'asseoira la table du 53e. Ce sont des braves; ils ont reçu le baptême de feu... Ils ne repousseront pas le plus vieux soldat de l'Europe. Est-ce tout?
SIR HUDSON LOWE
J'ai à vous demander compte du refus que vous avez fait de recevoir mon médecin... Les vôtres peuvent mourir ou retourner en France, et alors qui prendra soin de votre santé?
J'ai refusé votre médecin, parce qu'il est le vôtre, et que nous vous croyons capable de tout... mais vous entendez, de tout! Et, tant que vous resterez avec votre haine, nous resterons avec notre pensée.
SIR HUDSON LOWE
Vous avez tort. Moi qui ai demandé pour vous en Angleterre un palais de bois et des meubles...
NAPOLÉON
Je n'ai besoin ni de meubles ni de palais; je ne demande qu'un bourreau et un linceul. .Marchand, mes bottes : je vais monter à cheval,
MARCHAND
Les voilà, sire.
NAPOLÉON
Ce sont des bottes neuves?...
MARCHAND
Oui.
Où les as-tz. eues?
Sire...
NAPOLEON
IJARCHAND.
NAPOLEON
Où l°s as-tu eues? J'espère que tu ne te serais pas abaissé à ne demander à ce gouverneur!...
KARCHAMD.
.Von, sire!... non! mais il y a longtemps que, sans le dire à Votre Jïajesté,... j'essaye,... je tente... Enfin... c'est moi qui les ai faites.
NAPOLEON, lui serrant la main.
Mon ami !... — Voyez ceci, sir Hudson Lowe ! et rendez-en compte à votre gouvernement.
SIR HUDSON LOWE
Vous êtes décidé à monter à cheval ?
NAPOLÉON
Oui.
SIR HUDSON LOWE
Je vais donc donner l'ordre au sous-officier qui vous servira d'escorte...
NAPOLÉON
Ah! j'aurai un geôlier cavalcadour !... Otez mes bottes, Marchand; je ne monterai pas à cheval. Je prendrai un bain.
SIR HUDSON LOWE
Vous en avez déjà pris un ce matin, et l'eau est rare dans l'île...
NAPOLÉON, après une pause.
Écrivez, Las Cases. ( a sir Hudson Love. ) Restez, monsieur. ( Dictant.) « Ce qui fera la honte du gouvernement anglais, ce ne sera pas de m'avoir envoyé à Sainte-Hélène, mais d'en avoir donné le commandement à sir Hudson Lowe. Quant à lui,... à compter d'aujourd'hui, je voue son nom à l'exécration des peuples ; et, quand on voudra dire un peu plus qu'un geôlier, un peu moins qu'un bourreau,... on dira : Sir Hudson Loïc e...» (il pousse avec violence la porte, qui se ferme sur le Gouverneur.)... Ah! je sentais que je prenais ma figure d'ouragan, et je ne voulais pas compromettre ma colère avec cet homme... Eh bien, quand vous vous plaigniez du brave amiral George Cockburn !... C'était un homme un peu massif, un peu brusque, un peu requin! mais celui-ci... c'est un fléau plus grand que toutes les misères de cet affreux rocher !...
LAS CASES
Sire, il fallait toujours sortir. Le docteur O'Meara vous a prescrit l'exercice du cheval.
NAPOLÉON
Ou\ oui, je sais bien que j'en aurais besoin ; mais comii. 9
ment voulez-vous que je me trouve bien d'une promenade limitée comme un manège,... moi qui faisais tous les jours quinze ou vingt lieues à cheval i moi que mes ennemis avaient surnommé le cent mille hommes! Marchand, donnez-moi mes éperons. ( a Las Cases. ) Tenez, Las Cases, voilà les éperons que je portais à Dresde et à Champ-Aubert; je vous les donne, mon ami; gardez-les ; je ne monterai plus à cheval.
LAS CASES, à genoux.
Votre Majesté me fait chevalier, sans que j'aie mérité de Vêtre...
NAPOLÉON
Prenez, mon ami!... c'est un monument... et vous êtes curieux de monuments, je le sais... Il fallait venir me voir quand je possédais l'épée de François 1er et celle du grand Frédéric !
LAS CASES
Il me semble qu'à la place de Votre Majesté, j'aurais voulu porter l'une ou l'autre.
NAPOLÉON, lui pinçant l'oreille.
Niais! j'avais la mienne...
LAS CASES
Que Votre Majesté me pardonne!... je suis quelquefois d'une bêtise!...