‹ Théatre [sic] complet de Alex. DumasChapitre 98 sur 175 · SIR HIT. )B LOWE · texte numérisé non relu

SIR HIT. )B LOWE

11 a frappé l'un des soldats anglais qui abattaient les arbres qui sont sur le chemin de Planta tion-House.

LAS CASES

Et pourquoi abattait-on ces arbres?

NAPOLÉON

Pourquoi, mon pauvre Las Cases? pourquoi? Parce que l'empereur Napoléon aimait à se reposer sous leur ombre, qui seule brisait la force de leur soleil du tropique... S'ils pouvaient faire rougir la terre, ils le feraient.

SIR HUDSON LOWE

Le gouvernement ignorait...

NAPOLÉON

Vous ne l'ignoriez pas, vous ! vous qui m'avez vu vingt fois m'y asseoir, sous cette ombre qui me rappelait mes hêtres d'Europe.

SIR HUDSON LOWE

On en plantera d'autres.

NAPOLÉON, se levant.

Malheureux!... Et que voulez-vous faire de Santini?

SIR HUDSON LOWE

Le renvoyer en France.

NAPOLÉON

Oh! je vous le livre alors, et de grand cœur!... Seulement, je demande à lui dire adieu... Vous le fouillerez en sortant... Si c'est tout ce que vous aviez à me dire, allez !

Sir» HUDSON LOWE.

J'ai reçu des ordres de mon :; mvernement pour restreindre la dépense de votre table.

NAPOLÉON

Je ne croyais pas que ce fût possible. Et que m'accordet-on?

SIR HUDSON LOWE

A compter d'aujourd'hui, vous n'aurez qu'une table de quatre personnes; une bouteille de vin par tête, et un dîner prié par semaine.

NAPOLÉON

C'est bien : vous pouvez restreindre encore, et, si j'ai trop faim, j'irai m'asseoira la table du 53e. Ce sont des braves; ils ont reçu le baptême de feu... Ils ne repousseront pas le plus vieux soldat de l'Europe. Est-ce tout?

SIR HUDSON LOWE

J'ai à vous demander compte du refus que vous avez fait de recevoir mon médecin... Les vôtres peuvent mourir ou retourner en France, et alors qui prendra soin de votre santé?

J'ai refusé votre médecin, parce qu'il est le vôtre, et que nous vous croyons capable de tout... mais vous entendez, de tout! Et, tant que vous resterez avec votre haine, nous resterons avec notre pensée.

SIR HUDSON LOWE

Vous avez tort. Moi qui ai demandé pour vous en Angleterre un palais de bois et des meubles...

NAPOLÉON

Je n'ai besoin ni de meubles ni de palais; je ne demande qu'un bourreau et un linceul. .Marchand, mes bottes : je vais monter à cheval,

MARCHAND

Les voilà, sire.

NAPOLÉON

Ce sont des bottes neuves?...

MARCHAND

Oui.

Où les as-tz. eues?

Sire...

NAPOLEON

IJARCHAND.

NAPOLEON

Où l°s as-tu eues? J'espère que tu ne te serais pas abaissé à ne demander à ce gouverneur!...

KARCHAMD.

.Von, sire!... non! mais il y a longtemps que, sans le dire à Votre Jïajesté,... j'essaye,... je tente... Enfin... c'est moi qui les ai faites.

NAPOLEON, lui serrant la main.

Mon ami !... — Voyez ceci, sir Hudson Lowe ! et rendez-en compte à votre gouvernement.

SIR HUDSON LOWE

Vous êtes décidé à monter à cheval ?

NAPOLÉON

Oui.

SIR HUDSON LOWE

Je vais donc donner l'ordre au sous-officier qui vous servira d'escorte...

NAPOLÉON

Ah! j'aurai un geôlier cavalcadour !... Otez mes bottes, Marchand; je ne monterai pas à cheval. Je prendrai un bain.

SIR HUDSON LOWE

Vous en avez déjà pris un ce matin, et l'eau est rare dans l'île...

NAPOLÉON, après une pause.

Écrivez, Las Cases. ( a sir Hudson Love. ) Restez, monsieur. ( Dictant.) « Ce qui fera la honte du gouvernement anglais, ce ne sera pas de m'avoir envoyé à Sainte-Hélène, mais d'en avoir donné le commandement à sir Hudson Lowe. Quant à lui,... à compter d'aujourd'hui, je voue son nom à l'exécration des peuples ; et, quand on voudra dire un peu plus qu'un geôlier, un peu moins qu'un bourreau,... on dira : Sir Hudson Loïc e...» (il pousse avec violence la porte, qui se ferme sur le Gouverneur.)... Ah! je sentais que je prenais ma figure d'ouragan, et je ne voulais pas compromettre ma colère avec cet homme... Eh bien, quand vous vous plaigniez du brave amiral George Cockburn !... C'était un homme un peu massif, un peu brusque, un peu requin! mais celui-ci... c'est un fléau plus grand que toutes les misères de cet affreux rocher !...

LAS CASES

Sire, il fallait toujours sortir. Le docteur O'Meara vous a prescrit l'exercice du cheval.

NAPOLÉON

Ou\ oui, je sais bien que j'en aurais besoin ; mais comii. 9

ment voulez-vous que je me trouve bien d'une promenade limitée comme un manège,... moi qui faisais tous les jours quinze ou vingt lieues à cheval i moi que mes ennemis avaient surnommé le cent mille hommes! Marchand, donnez-moi mes éperons. ( a Las Cases. ) Tenez, Las Cases, voilà les éperons que je portais à Dresde et à Champ-Aubert; je vous les donne, mon ami; gardez-les ; je ne monterai plus à cheval.

LAS CASES, à genoux.

Votre Majesté me fait chevalier, sans que j'aie mérité de Vêtre...

NAPOLÉON

Prenez, mon ami!... c'est un monument... et vous êtes curieux de monuments, je le sais... Il fallait venir me voir quand je possédais l'épée de François 1er et celle du grand Frédéric !

LAS CASES

Il me semble qu'à la place de Votre Majesté, j'aurais voulu porter l'une ou l'autre.

NAPOLÉON, lui pinçant l'oreille.

Niais! j'avais la mienne...

LAS CASES

Que Votre Majesté me pardonne!... je suis quelquefois d'une bêtise!...

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