‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 125 sur 178 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Et qu'ainsi que Dieu fait les cailloux, tu fais l'or! Eh bien! mon cher ami, c'est une bonne affaire... Fais de l'or! Fasio, tu n'en saurais trop faire ! Tant aux flammes du jeu l'or fond vite ! et pareil A la neige fondante aux flammes du soleil !

FASIO.

Comte, pardonnez-moi ; mais c'est vraiment folie,

Si vous faites moitié de tout ce qu'on publie!

Il me revient de vous un récit effrayant ;

Et vous vivez, dit-on, comme un roi d'Orient :

C'est bien ; mais eussiez-vous le trésor moins précaire

Du prince de Bagdad ou du Soudan du Caire,

En y puisant ainsi d'une prodigue main,

Vous en verriez le fond entre hier et demain !

LÉLIO

Par le ciel, Fasio, tu parles en prophète ! Mais qu'importe le temps que doit durer la fête. Si, comblant nos souhaits, de son cours radieux La splendeur inouïe émerveille nos yeux !... Mieux vaut qu'être un feu pâle et qui n'a rien à crain-

[dre.

Briller comme un soleil un seul jour, et s'éteindre: Et puis, d'ailleurs, cet or répugne à ma vertu... Cet or vient de l'enfer, et me bride! entends-tu?

FASIO.

Oui, j'entends, comte.

LÉLIO

Eh bien ! il me faut des journées Pleines de temps perdu, d'heures désordonnées; Des meutes, des chevaux, des maîtresses, des bruits ! Oui, voilà ce qu'il faut à mes jours!... Pour mes nuits, Elles veulent bien plus, tant elles marchent lentes : Que les fouette le jeu de ses verges brûlantes ! Mais ce qu'il faut surtout à mes nuits, à mes jours, C'est la clarté du ciel, ou des flambeaux... toujours!... Car, si je demeurais un seul instant dans l'ombre, il me semblerait voir, vers l'angle le plus sombre, Me montrant de son doigt une blessure au flanc, Un spectre se dresser dans son linceul sanglant ! Tu vois que la raison pour moi serait folie ; Donc mieux vaut être fou!... car étant fou... j'oublie !

FASIO.

Mais ne craignez-vous pas qu'il ne vienne un moment Où chacun se demande, et cela justement, Envoyant Lélio mener si folle vie, D'où lui vient tant d'argent qu'au duc il fait envie? Puis, une fois lancé sur ce chemin nouveau,

gACTE III, SCENE II. 221

jQu'on ne s'arrête enfin qu'à ce fatal caveau jOù Ton retrouverait, montrant aussi sa plaie, Le corps de celui-là dont l'ombre vous effraie !

ÎFasioî tu pourrais peut-être avoir raison, .Si je n'allais plus vite encor que le soupçon. Parti du haut du mont où demeure la foule, Oh ! je ne descends plus sur sa pente, j'y roule! Or, avant qu'elle ait pu de moi se rapprocher, jfe me serai brisé contre quelque rocher.

FASIO.

Comte, que dites-vous ?

LÉLIO

Je dis que cette vie Ne mérite qu'on l'aime et surtout qu'on l'envie, Qu'autant que le plaisir d'une prodigue main Couvrira de ses fleurs les ronces du chemin : J)r, les fleurs du plaisir, c'est l'or qui les octroie : Rus d'or, plus de bonheur! plus d'amour ! plus dejoie! iiJn désert, où, tout nu, pour retarder sa fin, L'un lutte avec le froid, et l'autre avec la faim. |)h! ce n'est pas ainsi, j'en jure sur mon âme, Iroussé par la misère en quelque mare infâme,

Après avoir vogué sous un soleil si beau,

Qu'à moitié de son cours sombrera mon vaisseau ;

Oui, quand pour satisfaire à mon ardeur avide,

De mon dernier ducat mon coffre sera vide,

Mon voyage ici-bas sera clos et parfait :

Tn coffre vide! eh bien! c'est un cercueil tout fait !

FASIO.

Vous vous tuerez, comte ?

LÉLIO, tranquillement.

Oui.

FASIO.

Vous êtes en délire.

LÉLIO

C'est comme j'ai l'honneur, mon cher, de te le dire !

D'avance, seulement, je ne décide rien,

Et je balance encor sur le choix du moyen.

Mais, le jour arrivé, j'aurai trois portes prêtes:

'/Arno, fleuve au doux nom, chanté par les poètes,

Qui, lorsqu'on le choisit pour éteindre un flambeau,!

Offre tout à la fois la mort et le tombeau ;

Nos poisons, autrefois renfermés dans Florence,

.Mais dont les Médicis ont enrichi la France,

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