FASIO, ALDINI, SPADA, RAFAELLO
ALDINI
Salut à Fasio, le noble roi des fêtes !
Alchimiste puissant, dont l'art fait aujourd'hui
De l'or ainsi que Dieu, mais qui, plus grand que lui,
Loin qu'au centre du monde, avare, il le dérobe,
Magnifique, l'étend sur la face du globe!
FASIO.
Excusez l'embarras que me cause, seigneur, Alors qu'il vient de vous, un tel excès d'honneur! A l'humble orfèvre encor ces mots semblent étranges, Je suis riche d'hier et peu fait aux louanges.
SPADA
Tu l'as dit, Fasio, voilà, riche d'hier;
Eh bien ! à ton habit cela se voit, mon cher.
Je ne suis point flatteur, moi, qu'au contraire on flatte,
Mais que diable fais-tu d'une robe écarlate?
Voilà bientôt, mon cher, plus d'un siècle écoulé, ii. 15
Que Ton n'en porte plus que pour être brûlé. Tiens, veux-tu d'une mode élégante et nouvelle ? Elle vient de Venise.
Montrant son costume.
Et voici le modèle.
FASIO.
Je ne me soustrais pas à votre royauté, Sire ; mais j'espérais que votre majesté Adoucirait ses lois qu'elle rend en tétrarque, En songeant que ma robe est celle de Pétrarque.
SPADA
Pitoyable raison! mon cher, en général,
Le poëte a le tort de s'habiller fort mal.
Cela, j'en ai grand'peur, tient aux gens qu'il fréquente.
Lui montrant Rafaello
Tiens, regarde plutôt, la preuve est éloquente !
FASIO.
Vous m'êtes présenté d'une étrange façon,
Seigneur Rafaello; n'importe, ma maison
De vous avoir reçu se tient fort honorée :
Auriez-vous oublié votre lyre dorée !
Ce serait un oubli douloureux, sur ma foi,
Pour tous, seigneur poëte, et plus encor pour moi!