ACTE I, SCENE IV
PAUL
Pour prier.
EMMANUEL
Monsieur le capitaine Paul croit en Dieu?
PAUL
Si je n'y croyais pas , monsieur, qui donc invoquerais-je pendant la tempête?
EMMANUEL, avec impatience.
Si bien que dans cette église!...
PAUL
J'ai entendu un prêtre annoncer le prochain mariage de M. le baron de Lectoure avec noble demoiselle Marguerite d'Auray.
EMMANUEL
Et qu'a trouvé d'étonnant à cela monsieur le capitaine Paul?
Rien, comte. Mais un sentiment de compassion bizarre m'a pris au cœur : j'ai pensé que puisque tout le monde, et même sa mère, oubliait le pauvre orphelin (car je présume que c'est de son plein gré, et sans y être forcée, que votre sœur épouse le baron de Lectoure), il fallait que je m'en souvinsse, moi ; que c'était un baptême de larmes assez grand que d'entrer dans le monde sans nom et sans famille, pour n'y pas vivre du moins sans fortune. Dans la position où vous êtes et avec les projets d'ambition qui se rattachent pour vous à l'alliance de M. de Lectoure, ces lettres valent bien cent mille livres, n'est-ce pas, monsieur le comte? et cette
somme ne fera qu'une bien légère brèche au demi-million de rente qui compose votre fortune.
EMMANUEL
Mais qui m'assure, monsieur, que ces cent mille livres?...
PAUL
Vous avez raison, monsieur ; aussi n'est-ce que contre une obligation au nom du jeune Hector de Lusignan que j'échangerai ces lettres.
EMMANUEL
Puisque ce n'était purement et simplement qu'une affaire d'argent que nous avions à traiter ensemble, il fallait vous épargner, monsieur, la peine de me raconter cette longue histoire, et commencer par où nous avons fini, ou mieux encore, m'envoyer un homme d'afïaires. La famille d'Auray a toujours réservé chaque année, pour ses aumônes, le double de la somme que vous réclamez.
Il s'approche de la table et écrit. JASMIN, entrant.
Monsieur le comte.
EMMANUEL
Je n'y suis pas, je n'y suis pour personne, laissezmoi.
JASMIN
La sœur de monsieur le comte.
EMMANUEL
Qu'elle revienne plus tard.