ACTE III, SCENE V
FRANCESCA
Vous aviez tout-à-1'heure, au bras, dans cette salle, Une femme masquée?
FASIO.
Oui.
Savez-vous son nom !
FASIO.
Non, je ne le sais pas.
FRANCESCA
Non?
FASIO.
Je vous dis que non!
FRANCESCA
Eh bien! je le sais, moi; voulez-vous le connaître?
FASIO.
Alors, excepté vous, nul ne le sait, peut-être.
FRANCESCA
Vous mentez, Fasio, cette Fornarina,
Vous le savez bien, vous! c'est la Maddelcna.
FASIO.
Eh bien ! après ?
FRANCESCA
Après ?
FASIO.
Oui ! quand ce serait elle?
Fasio! vous savez quelle crainte mortelle Dès l'heure où je la vis, cette femme toujours Comme un voile de deuil jeta sur nos amours. Vous savez qu'elle était, me poursuivant sans trêves. Un démon à mes jours, un fantôme à mes rêves! Vous savez que son nom, devant moi prononcé. Allait frapper mon cœur, ainsi qu'un fer glacé, Et vous savez encor que si, sur quelque place, Le hasard nous poussait toutes deux face à face, Je reculais soudain plus pâle que celui Qui voit sortir de terre un spectre devant lui : Vous saviez tout cela ! car ma voix et mes larmes Vous ont redit cent fois mes jalouses alarmes, Et pourtant, sans pitié, Fasio! c'est bien mal, Vous avez invité cette femme à ce bal.