ACTE Y, SCENE IV
FRANCESCÀ.
Votre beauté vous fait la reine de Florence : Il n'est pas un seigneur qui n'attende à genoux Un regard, un sourire, un signe, un mot de vous: Leur foule, à votre voix, se presse, réunie ; Car votre voix renferme une telle harmonie. Que, quand vous vous taisez, par excès de rigueur, Ce silence pour nous est presque une douleur.
LA MADDELENA.
Et quel sera le but de ces vaines louanges ?
FRANCESCA
De vous prouver, madame, à vous, la sœur des anges. Que, si, de votre voix lui prêtant le secours, Vous vouliez dire un mot en faveur de ses jours, Un mot de cette voix par vous au ciel ravie, Qui remplit l'air d'amour, lui sauverait la vie.
LA iMADDELENA.
Vous êtes en délire, ou vous ne croyez pas Que j'aie un tel pouvoir.
FRANCESCA
Songez donc qu'à deux pas.
Voyez, dans ce palais, madame, un homme existe,
À qui tout est soumis ! à qui rien ne résiste !
Qui, par le ciel élu pour régler notre sort,
Tient d'une main la vie, et de l'autre la mort ;
Un homme enfin qui peut d'un signe de sa tête
Changer la joie en deuil, le désespoir en fête !
Eh bien? ce Dieu mortel, au pouvoir effrayant,
Je vous ai vue un jour lui parler en riant;
Oui, madame, en riant vous parliez à cet homme !
Oh! je m'en souviens bien, c'était place du Dôme.
Et lui, comme un lion par un enfant dompté,
11 vous laissait jouer avec sa majesté.
Allez trouver le duc, et dites-lui, madame,
Qu'un homme ayant, hélas ! un enfant, une femme,
A la mort condamné, va payer aujourd'hui
Un sang dont il est pur de tout son sang à lui!
Dites que, de ses droits, magnifique héritage,
Qu'avec le rangsuprême, il obtint en partage,
Le plus noble est le droit qu'il a reçu d'en haut
De sauver l'innocent qui monte à féchafaud;
Et de se dire après, l'âme tranquille et fière:
J'ai fait ce qu'avec moi Dieu lui seul pouvait faire.
LA MADDELENA.
Femme, vous vous trompez! ce n'est point à moi