ACTE V, SCENE IV
FASIO, la pressant sur son cœui
Pauvre femme!...
J'espérais épargner ces adieux à ton âme, Atteindre sans te voir cet échafaud hideux ; Mais, au lieu d'un martyr, le Seigneur en veut deux. Puisqu'il t'a conviée à cette horrible fête, Ici-bas... comme aux cieux, sa volonté soit faite!
FRANCESCA
Hélas!... j'ai cette nuit pour toi tout essayé ; Mais je n'ai rencontré que des cœurs sans pitié. Et je me suis en vain, malheureux que nous sommes, Courbée aux pieds de Dieu comme aux genoux des
hommes...
Ni les hommes ni Dieu n'ont su me secourir, Et nous n'avons plus rien à faire qu'à mourir.
FASIO.
Silence, Francesca!... De cette heure suprême Écartons avec soin le doute ou le blasphème ; Et d'un cœur résigné songeons que je dois seul, Dormir enveloppé de mon sanglant linceul!... Souviens-toi que ta vie, à l'avenir féconde. Par des liens sacrés est retenue au monde,
Et que ce dévoûment, où ton cœur est enclin,
Laisserait au berceau notre enfant orphelin...
Pauvre enfant isolé, qui n'aurait plus de mère
Qui lave avec ses pleurs la honte de son père !
Oui, sans doute, je sais qu'il nous serait plus doux
D'attendre tous les deux, frappés des mêmes coups,
Côte à côte couchés, cette heure de lumière
Où Dieu des trépassés rouvrira la paupière.
Mais le Seigneur, hélas! pour nous, dans sa rigueur,
En décide autrement... Adorons le Seigneur.
FRANCESCA, tombant à genoux.
Fasio î Fasio ! . . .
FASIO.
Ministres du supplice, Déliez-moi les mains pour que je la bénisse.
L'exécuteur lui délie les mains.
Merci, frère.
l'exécuteur.
Hâtez-vous !
FASIO, regardant vers l'orient, qui se colore.
Je comprends... oui, le jour.
Elevant les mains au-dessus de Francesca.
0 Vierge ! épouse et mère! ô trinité d'amour ! Triple cœur réuni pour faire une seule âme,