‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 20 sur 178 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

enfants qui, lorsque je leur ouvre les bras, tombent à mes genoux et m'appellent madame... voilà pour la mère.

ACHARD

Vous ne me pariez là que de ceux qui savent que vous êtes leur mère.

LA MARQUISE, tressaillant.

Achard !

ACHARD

N'est-ce pas que vous avez tressailli ainsi plus d'une lois, en pensant qu'il y avait dans le monde un homme qui viendrait un jour me demander ce secret auquel vous avez tout sacrifié, et qu'à cet homme je n'avais le droit de rien taire? mais rassurez-vous, madame, depuis l'âge de quinze ans, vous le savez, cet homme, cet enfant s'est échappé de la pension où on l' élevait en Ecosse, et depuis cette époque, nul n'en a entendu parler; il aura oublié la lettre de son père, il aura perdu le signe à l'aide duquel il devait se faire reconnaître ; ou mieux encore, peut-être n'existe-t-il même plus.

LA xMARQUISE.

Vous êtes cruel, Achard, de dire une pareille chose à une mère, et vous ne connaissez pas encore tout ce que le cœur d'une femme porte enlui de secrets bizarres et de contradictions étranges : ne puis-je donc être tranquille si mon enfant n'est mort, et un secret qu'il a ignoré vingt-cinq ans devient-il à vingt-cinq si important à son existence, qu'il ne puisse vivre si ce secret ne lui est révélé? Achard, mon vieil ami, ne pourrait-on lui dire que sa mère est allée rejoindre son père au ciel ; mais qu'en mourant elle l'a légué à son amie, h maru. 3

quise d'Auray, dans laquelle il retrouverait une seconde mère ?

ACHARD

Oui, vous pourriez lui dire cela, vous, et je vous connais, vous le lui diriez d'une voix ferme, vous pourriez le voir avec des yeux secs et un cœur tranquille, je le sais; vous pourriez, je n'en doute pas, lui parler sans que vos premiers mots soient : Mon enfant ! et cependant c'est le fils d'un homme que vous avez assez aimé, pour que cet amour vous fit oublier les devoirs les plus sacrés, et cependant il y a vingt ans que vous n'avez vu ce fils. Oh! vous avez du pouvoir sur vos sentiments, vous; mais moi, moi, si je le revoyais, je ne pourrais que me jeter dans ses bras en disant : Henri! mon bon Henri !

Mais vous, vous n'avez rien à cacher, quarante ans d'une réputation sans tache ne sont point ternis par ce mot : Mon enfant! Vous ne vous appelez pas d'Auray, vous n'avez pas un nom, reçu de nobles aïeux, à garder et à transmettre à de nobles descendants. Ecoutez. Achard, je suis venu pour vous parler de cela, je suis venue pour vous dire : Prenez pitié de moi.

ACHARD

Aussi fidèle que j'ai été aux promesses faites à madame la marquise d'Auray, aussi fidèle je serai à celles faites au comte de Morlaix, le jour où son fils et le vôtre viendra me présenter le gage de reconnaissance, et ré*clamer son secret, je le lui dirai, madame; quant aux papiers qui constatent sa naissance vous savez qu'ils ne doivent lui être remis qu'après la mort de votre mari:

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