ACTE II. SCENE III
PAUL
Pour le moment, je suis un enfant de la république de Platon, ayant le genre humain pour frère, le monde pour patrie, et pour toute place au soleil le nid que je m'y suis bâti moi-même.
ACHARD
Mais que cherchez-vous ?
PAUL
Je cherche, à vingt lieues de Brest et à deux cents pas du château d'Auray, une chaumière qui ressemble diablement à celle-ci, et un vieillard qui pourrait bien être vous.
ACHARD
Et comment se nomme ce vieillard ?
PAUL
Louis Achard.
ACHARD
Vous ne vous trompez pas ; c'est moi-même.
PAUL, ôtant son chapeau,
Que la bénédiction du ciel descende sur vos cheveux blancs, car voilà une lettre que je crois de mon père et qui dit que vous êtes un honnête homme.
ACHARD, ému.
Et cette lettre ne renferme-t-elle rien?
PAUL
Si fait, quelque chose comme une moitié de pièce d'or, dont vous devez avoir l'autre.
ACHARD, tendant la main et prenant machinalement la pièce et la lettre.
Oui, oui, c'est bien cela, et plus que cela encore,
c'est la ressemblance extraordinaire. Enfant, oh! oh! mon Dieu! mon Dieu!
PAUL
Qu'avez-vous?
ACHARD
Ne comprenez-vous pas que vous êtes le portrait, oh ! mais le portrait vivant de votre père et que votre père, je l'aimais à lui donner mon sang, ma vie ! comme je le ferais pour toi, jeune homme, si tu me les demandais.
PAUL
Embrasse-moi donc, mon vieil ami, car la chaîne des sentiments n'a pas dû se rompre entre la tombe et le berceau, et quel qu'ait été mon père, s'il ne faut, pour lui ressembler, qu'une conscience sans reproche, un courage à toute épreuve et un front qui ne pliera jamais, lu l'as dit, je suis son portrait vivant, et plus encore par l'âme que par le visage.
ACHARD, le regardant.
Oui, il avait tout cela, votre père, la même fierté dans le visage et le même feu dans le regard ; mais pourquoi ne t'ai-je pas revu plus tôt, jeune homme? il y a eu dans ma vie bien des heures sombres que tu eusses éclaircies.
PAUL
Pourquoi? parce que cette lettre me disait de te venir trouver quand j'aurais vingt-cinq ans, et que je les ai eus, il n'y a pas longtemps : tiens , il y a une heure.
ACHARD
Déjà ! il y a déjà vingt-cinq ans, il me semble que ce