‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 24 sur 178 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

tilt hier que vous naquîtes dans cette chaumière et que vous ouvrîtes les yeux dans cette chambre.

PAUL

Et je les ai habitées jusqu'à l'âge de quatre ans, n'est-ce pas?

ACHARD

Oui.

PAUL

Eh bien , laisse-moi me souvenir alors, car je me rappelle une chambre que je croyais avoir vue dans mes rêves : si c'est celle-là, écoute, il doit y avoir un lit avec des tentures vertes au fond...

ACHARD

Oui.

PAUL

Un crucifix d'ivoire au chevet...

ACHARD

Oui.

Une armoire en face, où il y avait des livres, une grande Bible entre autres, avec des gravures.

ACHARD

La voilà!

PAUL

C'est elle, c'est elle! puis une fenêtre d'où l'on distinguait la mer, une île...

ACHARD

Celle de Noirmoutiers.

PAUL, se jetant dans l'appartement.

Ah ! (Achard veut le suivie) seul, seul, laisse-moi seul un instant, j'ai besoin d'être seul.

ACHARD, seul un instant.

Allons, c'est un brave cœur, merci, mon Dieu, merci!

PAUL, rentrant.

C'était la même : après tout, pourquoi cacherais- je ce que j'éprouve; regarde-moi, vieillard, eh bien, oui, j'ai vu la tempête faire tourbillonner mon vaisseau, et j'ai senti qu'il ne pesait pas plus au souffle de l'ouragan, qu'une feuille desséchée à la brise du soir; j'ai vu tomber les hommes autour de moi, comme les épis sous la faucille du moissonneur ; j'ai entendu les cris de détresse et de mort de ceux dont la veille j'avais partagé le repas, et, pour aller recevoir leur dernier soupir, j'ai marché, à travers une grêle de boulets et de balles sur un plancher où je glissais à chaque pas dans le sang ; mais cette chambre, vieillard, cette chambre dontj'avais si saintement gardé le souvenir, où j'ai reçu les caresses d'un père que je ne reverrai jamais, d'une mère qui ne voudra peut-être plus me revoir, cette chambre, c'est quelque chose d'unique et de sacré comme un berceau, comme une tombe, oh ! il faut que je pleure, ou j'étoufferais.

Achard.

Oui, tu as raison; c'est à la fois un berceau et une tombe, car c'est là que tu es né, et c'est là que tu as reçu les derniers adieux de ton père.

PAUL

11 est donc mort, et mes pressentiments ne m'avaient pas trompé.

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