ACTE II, SCENE VI
MARGUERITE
Vous auriez une sœur bien malheureuse!
Peut-être.
MARGUERITE
Oh! vous ne savez pas?
PAUL
Dites.
MARGUERITE
M. de Lectoure doit être arrivé à cette heure.
PAUL
Je le sais.
MARGUERITE
Ce soir on signe le contrat.
PAUL
Et vous le signerez?
MARGUERITE
Ils me forceront.
PAUL
Ne vous sentez-vous pas la force de résister ?
MARGUERITE
Je me sens la force de mourir.
PAUL
Pauvre enfant !
A qui voulez-vous que je m'adresse ? qui voulez-vous que je prie? qui voulez-vous que j'implore? mon frère?
Dieu sait si je lui pardonne, mais il ne peut me comprendre ; ma mère ! Oh ! monsieur, vous ne la connaissez pas. ma mère: c'est une femme d'une vertu sévère, d'une volonté inflexible, et lorsqu'elle a dit : Je le veux ! il n'y a plus qu'à pleurer et à obéir. Mon père ! vous ne savez peut-être pas, monsieur? il est insensé, il a perdu la raison, et avec elle, tout sentiment d'amour paternel... il y a dix ans que je ne l'ai vu, mon père ; il y a dix ans que je n'ai pressé ses mains tremblantes, que je n'ai baisé ses cheveux blancs. Il ne sait plus s'il a un cœur, s'il a des enfants, s'il a une fille... il ne me reconnaîtra pas, et, me reconnût-il, eût-il pitié de moi, ma mère lui mettra une plume entre les mains, lui dira: Signez, je le veux ! et il signera, le pauvre et faible vieillard, et Marguerite sera condamnée.
PAUL
Marguerite, je serai à la signature de ce contrat.
MARGUERITE
Et qui vous introduira au château?
PAUL
J'ai un moyen.
MARGUERITE
Oh! mon frère est brave, emporté; son ambition s'ouvre un avenir par mon mariage... Oh! monsieur! monsieur !
PAUL
Votre frère m'est aussi sacré que vous-même, ne craignez rien !
MARGUERITE
Vous me faites frémir.