ACTE III, SCENE I
mystérieux, une espèce de pirate, de corsaire, que Sa Majesté a pris en affection, parce qu'il a battu les Anglais à White-Haven, où il a escaladé un fort, et sur les côtes d'Irlande, où il a pris un vaisseau : pour ces deux exploits, Sa Majesté Ta décoré de l'ordre du mérite militaire, et lui a donné une épée avec une garde en or, comme il aurait pu faire à quelqu'un de noblesse : bref, c'est partie perdue de ce côté , nous nous tournerons d'un autre.
EMMANUEL
Et la croix?
LECTOURE
Oh! pour cela c'est chose facile, j'ai promesse de M. de Yaudreuil.
EMMANUEL
Très-bien, vous comprenez que peu m'importe l'arme à moi ; ce que je veux, c'est un grade qui aille à mon nom.
Parfaitement !
EMMANUEL
Et comment vous êtes-vous tiré de tous vos engagements?
LECTOURE
En disant la vérité; j'ai annoncé publiquement que je me mariais.
EMMANUEL
C'est du courage, surtout si vous avez avoué que vous preniez femme au fond de la Bretagne.
LECTOURE
Je l'ai avoué.
EMMANUEL
Et alors la compassion a fait place à la colère.
LECTOURE
Ah ! vous comprenez : nos dames de la cour croient que le soleil se lève à Paris et se couche à Versailles, tout le reste de la France, c'est de la Laponie, du Groenland, de la Nouvelle-Zemble; de sorte qu'on s'attend à voir arriver quelque chose d'inconnu, avec des mains terribles et des pieds formidables... etl'on s'est trompé, n'est-ce pas, Emmanuel? vous m'avez dit, au contraire, que votre sœur...
EMMANUEL
Vous la verrez.
Ce sera un grand désappointement pour cette pauvre madame deChaulnes... (se retournant.) Qu'est-ce?
JASMIN, entrant.
Mademoiselle Marguerite d'Aurav fait demander à monsieur le baron de Lectoure l'honneur d'un entretien particulier.