‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 5 sur 178 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

preuves de 1399, et Chérin est très-content de ses titres. Un de ses ancêtres était même allié à la famille royale d'Ecosse : de là vient le lion qu'il porte dans ses armes; c'est fort convenable enfin. C'est lui, du reste, qui a insisté pour que toutes les cérémonies se fissent en son absence. Vous avez eu la bonté d'ordonner la publication des bans, madame ?

LA MARQUISE

Oui, l'abbé a dû se charger de tous ces détails.

EMMANUEL

Demain soir alors, si Lectoure arrive, nous pourrons signer le contrat ?

LA MARQUISE, Taisant un signe de tête.

Et il ne vous a fait aucune question sur ce Lusignan ? Il ne vous a pas demandé à quel propos l'arrêt de sa déportation avait été sollicité par notre famille ?

EMMANUEL

Non, madame, de pareils services sont si communs qu'on les oublie le lendemain du jour où on les a rendus, puis encore on sait qu'ils cachent ordinairement quelque secret de famille qu'on ne doit pas pénétrer. 11 n'y a que moi qui ai conservé mémoire de ce malheureux.

LA MARQUISE

Comment cela ?

EMMANUEL

Pour penser de temps en temps que j'aurais dû peutêtre, pour me venger de lui, employer d'autres armes que celles...

LA MARQUISE, se levant.

Mon fils, ne parlez pas ainsi, si vous ne voulez pas me faire mourir.

EMMANUEL, passant la main sur son front.

Vous avez raison, ma mère, ce qui est fait est fait, n'y pensons plus.

LA MARQUISE

Donc, il ne sait rien ?

EMMANUEL

Rien; mais voulez-vous que je vous dise ma pensée, madame? c'est que, sûl-il tout...

LA MARQUISE

Eh bien ?

EMMANUEL

Je le crois assez philosophe pour que ce qu'il apprendrait n'influât aucunement sur la détermination qu'il a prise.

Alors il est ruiné ?

EMMANUEL

Comme toute notre jeune noblesse à peu près ; mais par Monsieur, de la maison duquel il est, il peut beaucoup.

LA MARQUISE

C'est bien, nous sommes assez riches pour refaire sa fortune sans qu'il y paraisse à la nôtre ; puis (elle prend 1 main de son fils) ce mariage assure le bonheur de mes enfants, ou de l'un d'eux du moins ; je ne veux pas les enchaîner éternellement dans un vieux château de la Bretagne, loin de tout plaisir, près d'un père privé de sa

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