ACTE III, SCExNE XI
ta mère! c'est moi qui suis insensé, et il ne faut pas croire à ce que je dis, mais à ce qu'elle dit, elle! ta mère! C'est le dévouement, c'est la vertu!... aussi, elle n'a ni insomnie ni remords! Qu'est-ce qu'elle veut, ta mère?
MARGUERITE
Mon malheur, mon père, mon malheur éternel!...
LE MARQUIS
Et comment puis-je empêcher ce malheur, moi, pauvre fou !... qui crois toujours voir du sang couler d'une blessure!... qui crois toujours entendre une tombe qui parle !
MARGUERITE
Oh! vous pouvez tout; dites un mot. On veut me marier. . . écoutez ; me marier à un homme que je n'aime pas... comprenez- vous? à un misérable, à un infâme!... et l'on vous a amené ici, vous, vous, mon père, pour signer ce contrat!... tenez, là. là, sur cette table!...
LE MARQUIS, prenant le contrat.
Sans me consulter ! sans me demander si je le veux !. . . Me croit-on mort, et me craint-on moins qu'un spectre? Ce mariage fait ton malheur, as-tu dit?
Eternel, éternel !
LE MARQUIS
Ce mariage ne se fera pus.
LA MARQUISE
Monsieur, j'ai engagé voire nom et le mien.
LE MARQUIS
Cemariagene se fera pas, vousdis-je!... (il se lève). C'est une chose trop terrible qu'un mariage où la femme n'aime pas son mari ! cela rend fou !.. ce n'est pas moi, ma fille!... moi, la marquise m'a toujours aimé... aimé fidèlement. Ce qui me rend fou c'est autre chose. . .
Ce Contrat... (il veut le prendre, la marquise l'en empêche) ce qui me
rend fou, moi! c'est une tombe qui se rouvre!... c'est ira spectre qui sort de terre!... c'est un fantôme qui vient !... qui me parle... qui me dit...
LA MARQUISE, répétantprès de l'oreille du marquis les paroles de Morlaix
mourant.
Vos jours sont à moi... je pourrais les prendre.
LE MARQUIS
L'entends-tu, l' entends-tu?
LA MARQUISE, continuant.
Mais je veux que vous viviez pour me pardonner comme je vous pardonne !
LE MARQUIS, retombant dans son fauteuil.
Grâce, Morlaix, grâce!...
MARGUERITE
Mon père !
LA MARQUISE, triomphant.
Vous voyez que votre père est insensé!...