ACTE II, SCENE III
ses vagues avec l'éclair et essayant d'éteindre la foudre avec son écume; puis s'aplanir comme un miroir, et réfléchir jusqu'à la dernière étoile du ciel. Sur la terre, j'avais reconnu l'existence; sur l'océan, je reconnus le pouvoir. Dans la solitude, j'avais entendu la voix du Seigneur ; mais, comme Ezéchiel, je le vis passer dans la tempête! Dès-lors, le doute fut chassé de mon cœur ; je crus, et je priai!
ACHARD,s'agenouillant, les mains jointes, et priant à demi-voix
Je crois en Dieu père tout-puissant, créateur du ciel, et de la terre !
PAUL, continuant.
Ce n'est point ainsi qu'un prêtre t'eût parlé, mon père -, je t'ai parlé en marin, et avec une voix plus habituée à prononcer des paroles de mort que des mots de consolation : pardonne-moi!...
ACHARD
Tu m'as fait croire et prier comme toi ; qu'aurait fait
de plus Un prêtre? (Il marche vers son Ht, appuyé sur Paul.) Ce
que tu m'as dit est grand ! . . . laisse-moi penser à ce que tu m'as dit. (Se mettant sur son lit.) Quand je me sentirai mourir, je t'appellerai.
PAUL, tirant les rideaux sur lui.
Et sois tranquille, je serai là.
Il s'assied sur une chaise au pied du lit, et reste un instant absorbé dans ses pensées; tout à coup on entend au dehors le nom de Paul.
MARGUERITE, du dehors.
PAUL, levant vivement la tête.
Qui m'appelle?
MARGUERITE, près de la porte en dehors.
Paul!
PAUL, s'élançant vers la porte.
C'est Sa Voix! (H ouvre la porte et trouve Marguerite écheveléeet agenouillée.) Qu'as-tu? dis?