‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 62 sur 178 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

notre église ennemie du sang permet que l'offensé tente de vçrjger lui-même son injure sur l'offenseur, et si, dans ce cas, le jugement de Dieu dirige toujours ou la balle du pistolet ou la pointe de l'épée. Ce sont là de ces questions qu'on décide non pas avec le raisonnement, mais avec la conscience. Eh bien! ma conscience me dit qu'à ta place j'aurais fait ce que tu as fait. Si la conscience qui me trompe t'a trompé aussi, plus qu'un autre j'ai droit de te pardonner, moi, et en mon nom, et en celui de mon père, je te pardonne.

ACHARD

Merci : voilà des paroles comme il en faut à l'âme d'un mourant. Un remords est une terrible chose, voistu; un remords conduit à douter de Dieu, parce qu'en doutant de Dieu, on doute de la punition.

PAUL

•Ecoute, moi aussi, j'ai souvent douté; car, isolé et perdu comme je l'étais dans le monde, sans famille et sans appui sur la terre, je cherchais un soutien en Dieu, je demandais à tout ce qui m'entourait une preuve de son existence, et je disais: Si je savais où trouver la tombe de mon père, je l'interrogerais,

ACUARD.

Pauvre enfant !

PAUL

Alors, je me suis dit : Cherchons Dieu dans l'œuvre

de Dieu !... Dès ce moment a commencé pour moi cette vie errante qui restera un mystère éternel entre ^e.ciel, la mer et moi. Elle m'a égaré dans les solitudes de l'Amérique; car je pensais qu'un monde plus nouveau devait être plus près de Dieu. Et là souvent dans ces forêts vierges, où le premier parmi les hommes, peutêtre j'étais entré, sans autre abri que le ciel, sans autre couche que la terre, abîmé dans une seule pensée, j'ai écouté ces mille bruits divers de la nature qui s'endort ou du monde qui se réveille... Longtemps encore je suis resté sans comprendre cette langue inconnue, que forment, en se mêlant ensemble, le murmure des fleuves, la vapeur des lacs, le bruissement des forêts et le parfum des fleurs... Enfin, peu à peu se souleva le voile qui couvrait mes yeux et le poids qui oppressait mon cœur; et dès-lors, je commençai à croire que ces rumeurs du soir et ces bruits du crépuscule n'étaient qu'une hymme universelle, par laquelle les choses criées rendaient grâces au Créateur!... Alors j'ai cherché sur l'océan ce reste de conviction que me refusait la terre. La terre, ce n'est que l'espace; l'océan, c'est l'immensité! L'océan, c'est ce qu'il y a de plus large, de plus fort et de plus puissant après Dieu !... L'océan, je l'ai entendu rugir comme un lion irrité... puis, à la voix de son maître, se coucher comme un chien soumis. Je l'ai senti se dresser comme un géant rebelle, qui veut escalader le ciel; puis, sous le fouet de l'orage, se plaindre comme un enfant qui pleure. Je l'ai vu croisant

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